2014 au cinéma

Critiques des films que l’on conseille ou pas

 aout proverbe

Enemy

par Henri Orhan, le 31 août 2014
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Bon, pour « Enemy », le dernier film de Denis Villeneuve, je ne risque pas de vous révéler ni l’histoire, ni le pitch. Dans la mesure où nous sommes dans le fantastique, dans l’épouvante, dans le thriller, il serait bien inutile de chercher à comprendre.

Si l’on est cartésien, c’est un prof d’histoire qui enseigne à la Fac de Toronto. Sa femme attend un enfant, du coup, comme cela arrive parfois, il génère une sévère déprime, qui, entre cauchemars et fantasmes, génère à son tour fantômes et histoire de doubles un peu saugrenue. Ca, c’est si l’on est cartésien.

Si on aime bien le fantastique et le mystère, il peut s’agir d’extra-terrestres, d’envahisseurs ou d’une déclinaison nouvelle de « La Métamorphose » de Kafka ou de tout ce que vous voulez d’autre. Vous cochez la case en fonction de vos goûts et couleurs. Tout cela pour vous dire que là n’est pas, me semble-t-il, l’intérêt du film…

Non, l’intérêt du film, c’est sa réalisation, l’angoisse générée, la grande maîtrise de la mise en scène, qui fait que vous êtes définitivement pris par ce qui se passe sur l’écran. La ville de Toronto, pourtant si belle, est ici  magistralement filmée, mais dans la brume, dans les tons gris, ce qui provoque une impression de malaise, d’autant qu’une musique lancinante renforce encore cette impression. Donc, pour les amateurs du genre, qui aiment bien se faire peur et frissonner, le film fonctionne parfaitement.

Le film est aussi intéressant par la performance de l’acteur principal, Jake Gyllenhaal qui tient le film sur ses épaules, dans la mesure où il apparaît dans tous les plans, jouant un personnage double. Les autres acteurs ne font que de la figuration, en particulier Mélanie Laurent. Quel gâchis, avoir une si grande actrice et l’utiliser si peu! Seuls des impératifs financiers peuvent avoir justifié ce choix: quelques scènes tout à fait mineures ne justifient pas qu’on lui fasse traverser  l’Atlantique!!!

Donc un honnête film fantastique, plus intéressant par sa facture que par son histoire. Ajoutons que, comparé à « Incendies » et même à « Prisoners », œuvres d’une très grande force, « Enemy » est évidemment un film mineur…


 

Sils Maria

par Henri Orhan, le 27 août 2014
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Je n’ai découvert Assayas que sur le tard et ne connais de lui que « Carlos » et « Après Mai » et, pour être franc, ce n’est pas ma tasse de thé. « Carlos » était purement chronologique et, pour tout dire, anecdotique. Quant à « Après Mai », voilà un film sur 1968 et ses soubresauts des années suivantes qui était à la limite de la malhonnêteté intellectuelle, du moins si l’on considère que c’est un film sur 1968, étant entendu que ce n’est pas cela qu’Assayas avait voulu faire, je vous l’accorde. C’est vous dire que je suis allé voir « Sils Maria » quasiment sur la pointe des pieds et avec les plus fortes réticences…

Surprise! J’ai découvert un film magnifique, difficile, mais passionnant et pour le moins très intéressant. Bien sûr restent les scories snobinardes sans lesquelles Assayas ne serait pas Assayas et qui plaisent tant à une certaine critique complaisante, mais, pour le reste, quel film!

Bien sûr il faut aimer le théâtre et, si tel est votre cas, vous allez être passionnés! J’ai pensé à « Alceste à bicyclette », sauf que ce film était une comédie, alors que ce n’est pas franchement le cas pour « Sils Maria ». Mais, pour ce qui est des thèmes traités, on est sur le même registre, les interférences entre théâtre et réalité, le questionnement des acteurs sur leurs personnages, ce que cela veut dire « jouer », les télescopages entre jeu et vie privée. Evidemment « Alceste à bicyclette » est un film d’hommes, alors que « Sils Maria » est essentiellement un film de femmes.

La réflexion, dans le film d’Assayas, est magistrale. Le thème de l’actrice de la cinquantaine qui, à vingt ans, a joué le rôle de la jeune première, et qui en arrive à interpréter le rôle de la femme mûre, Héléna, est remarquablement traité. Pendant tout le film, je me suis dit que j’avais déjà vu cela quelque part, sans pouvoir me rappeler où. Et puis, bingo, le flash, l’éclair! Bon dieu, mais c’est… bien sûr! Cronenberg, « Maps to the Stars », où Julianne Moore doit interpréter sa propre mère. Comme chez Cronenberg, il y a une peinture féroce du monde du théâtre et du spectacle en général, les portables, les tablettes, les trains, les belles villas, les grands vins très chers qu’on n’a même pas le temps de boire, les inimitiés, les rivalités féroces, l’hypocrisie constante, etc., etc.

De ce point de vue, le film est une parfaite réussite! On sent manifestement qu’Assayas connaît parfaitement ce monde-là!

Mais, dans « Sils Maria », il n’y a pas que cela, il y a également les relations entre les personnages. A ce propos, il faut signaler que la plus grande partie du film traite de la relation entre l’actrice, magistralement interprétée par Juliette Binoche, et son assistante, avec qui elle vit quasiment vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Là aussi une remarque, l’actrice qui joue l’assistante, que je ne connaissais pas, apparemment Kristen Stewart, est époustouflante et fait de son personnage, quasiment le premier rôle du film. Cette relation me paraît être l’élément essentiel du film, faite d’ambiguïté, d’amour, de répulsion, tout cela à la fois. Relation mère/ fille, relation amante/amante, qui touche à l’homosexualité, sans qu’elle soit concrétisée. Dans la mesure où elles répètent la pièce toutes les deux, pièce qui traite d’une relation qu’elles vivent toutes les deux, on ne sait plus parfois où est le jeu, où est la réalité.

En outre, bien d’autres thèmes sont abordés, la fuite du temps, la création artistique, le monde contemporain, mais le génie d’Assayas, c’est de réaliser un film d’une très grande unité, puisque tout converge vers la création.

Il faut ajouter que les images sont splendides, je vous laisse découvrir Majola Snake, le serpent brumeux qui donne son nom à la pièce. Et puis, après tout, je vous laisse découvrir le reste, il y aurait tellement à dire…

Assayas réalise un très grand film, qui fait honneur au cinéma d’auteur!


 

Les Combattants

par Henri Orhan, le 21 août 2014
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Voilà un curieux film, très plaisant et tout à fait original! Je peux me tromper, mais cela sent fortement la première réalisation, par l’idée originale très forte, par certaines imperfections scénaristiques et par une formidable énergie!

« Les Combattants »est une belle réussite, grâce à l’idée de départ et au côté métaphorique du scénario, complètement explicité par le titre. Les deux héros sont effectivement des combattants, l’une inspirée par l’idée de survie, l’autre inspiré par son amour pour l’autre. Les voilà tous les deux embarqués dans l’armée, chez les commandos parachutistes, pour un stage de quinze jours. Alors, ils apprennent effectivement à combattre, au premier degré, mais leur côté anar et inadaptés les présentent plus comme des combattants contre la société et le système.

Il y a, en outre, dans ce film, surtout dans la première partie, réellement un ton original, très décalé, faussement ingénu, qui en fait le côté drôle et irrésistible. Le couple Adèle Haenel/Kevin Azaïs fonctionne parfaitement, Adèle Haenel, parce qu’elle est comme à chaque fois lumineuse, Kevin Azaïs par son jeu décalé et, comment dire, innocent. Les deux personnages sont très attachants, Adèle Haenel composant une tête de turc brute de décoffrage (Il me semble que son premier sourire apparaît aux deux tiers du film!) et Kevin Azaïs un Pierrot lunaire amoureux.

Certes, quand les deux acolytes quittent l’armée pour survivre à deux dans la forêt, l’intérêt tombe un peu, car le film devient trop sérieux, mais la fin revient au ton léger, qui fait l’intérêt du début.

Bref, il s’agit d’une fable philosophique, qui en dit beaucoup plus long qu’on ne le croit au début, et la fraîcheur de l’oeuvre ne doit pas seulement à ses interprètes, qui sont pourtant extra.

On ne peut que souhaiter une jolie carrière à ce film qui le mérite amplement!


Le Grand Homme

par Henri Orhan, le 17 août 2014
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« Le Grand Homme », un bien joli film, très émouvant dans sa simplicité.

Voilà un film qui a su trouver son rythme, fait de lenteur et de simplicité dans le récit. Il est très structuré en chapitres qui se succèdent dans une narration chronologique.

Film touchant et attrayant dans la mesure où il nous montre des personnages simples -je n’ai pas dit simplistes!-, qui vivent comme ils le peuvent, plus dans l’intuition que dans la réflexion.

Il s’agit d’une histoire d’amitié très forte entre deux légionnaires. Quand l’un des deux disparaît, l’autre se sent dans l’obligation de prendre en charge le petit garçon qu’il laisse derrière lui. On sent que la réalisatrice, Sarah Leonor, a beaucoup d’empathie pour ses personnages, beaucoup d’empathie et aussi beaucoup de respect, pas seulement pour les trois personnages principaux, mais aussi pour tous les autres, militaires, flics, famille, qui ne fonctionnent jamais dans la caricature. En ce sens le film est remarquable, parce que les personnages, profondément humains, sont très attachants.

En outre le film fonctionne parfaitement, parce qu’il est soutenu par des acteurs brillants, en premier lieu Jérémie Renier, qu’on avait déjà vu dans un rôle un peu similaire dans le remarquable film des frères Dardenne, « L’Enfant au vélo ». Il n’est pas facile pour des acteurs adultes de jouer avec des enfants. Ici Jérémie Renier, tout en nuances, s’en tire remarquablement.

Quant à l’acteur qui incarne l’enfant, il est honnêtement très bon, dans la simplicité et le naturel. Enfin, concernant les thèmes abordés par le film, la guerre, l’amitié, l’amour aussi, les sans-papiers, ils sont excellemment traités. Comme, de plus, la manière de filmer montre une belle technique et un grand professionnalisme, on suit avec beaucoup de plaisir cette histoire toute simple, car l’empathie pour les décors (l’Afghanistan, Paris) est de la part de la réalisatrice au moins aussi fort que son empathie pour les personnages et, évidemment, au total, c’est un film fort et qu’on a envie de défendre.


Boyhood

par Henri Orhan, le 10 août 2014
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« Boyhood », Un film de Richard Linklater, vous en avez forcément entendu parler, au moins pour son côté anecdotique, dans la mesure où le réalisateur a filmé ses acteurs durant douze ans.

Si le côté expérimental vous effraie un peu, ne vous laissez pas désarçonner et allez le voir sans a priori! Franchement, si j’avais ignoré ce détail, je ne suis pas sûr que je m’en serais aperçu, tellement la narration est fluide, tellement on trouve normal de voir vieillir les personnages.

Bref, encore une fois, en cet été 2014, un excellent film, qu’il faut aller voir! Les 2 H 44 ne doivent pas non plus vous rebuter, tant le temps passe vite, tant on est en empathie avec cette famille américaine pas comme les autres. Il ne s’agit pas d’un documentaire, mais bien d’une fiction, très écrite, très maîtrisée.

En fait, il ne se passe pas grand-chose, c’est une chronique familiale, mais, en même temps, un panorama extrêmement lucide de l' »american way of life ». Quand on pense que ce pays domine le monde, que les autres pays, occidentaux, mais pas seulement, les émergents également, et ceux en voie de développement, ne rêvent que de l’imiter, cela fait parfois froid dans le dos. Heureusement la famille que le réalisateur fait vivre sous nos yeux est une famille hors norme, à la marge et qui détonne par rapport au milieu ambiant, avec ses erreurs, ses crises internes, mais aussi la sympathie, les émotions, la volonté de vivre avec une certaine humanité.

Les portraits de l’américain moyen sont cruels et d’une férocité étonnante. Le réalisateur, sans avoir l’air d’y toucher, fait un constat accablant de cette Amérique-là: l’alcoolisme, la violence, les armes à feu, la bêtise incommensurable, le racisme, l’amour du drapeau, etc., etc. Il faut tout de même préciser que nous sommes au Texas et le mérite de cette famille, qui essaie d’être aimante, intelligente, honnête, n’est pas mince. Les personnages principaux, la mère, le père et les deux enfants sont attachants; il faut dire que les acteurs sont excellents et se sont glissés sans effort dans le moule proposé par le réalisateur. Il est vrai que c’est plus facile pour des acteurs d’être bons quand les personnages sont plus faciles à défendre: Patricia Arquette, Ethan Hawke, Ellar Coltrane et Lorelei Linklater sont vraiment des acteurs emblématiques!

Au total un film d’une férocité totale et, en même temps, d’une tendresse extraordinaire, qui permet de ne pas désespérer de l’humanité.

 


 

Winter Sleep

par Henri Orhan, le 8 août 2014
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La dernière Palme d’Or à Cannes… Hum… Méfiance… Certains souvenirs cuisants me sont restés en travers de la gorge, entre cuculteries et bondieuseries limite sectaire, je me comprends!

3 H 16… Hum… Méfiance…

J’ai cru comprendre qu’il s’agissait d’un huis-clos contemplatif… Hum… Méfiance…

Une Palme d’Or qui sort en plein mois d’août, à seulement deux séances par jour et qui risque de sauter dès la semaine prochaine… Hum… Méfiance…

Mais bon, La Palme d’Or quand même… Un peu de curiosité ne fait pas de mal! Allez, hop, c’est parti…

17 H, sept personnes dans la salle…

Bon, je ne fais pas durer le suspense plus longtemps: le film turc, « Winter Sleep » est un film magnifique, bouleversant, bref un chef-d’œuvre et le réalisateur turc Nuri Bilge Ceylan un très grand Monsieur du cinéma.

Je n’ai guère envie de déflorer ce film, mais plutôt de parler des thèmes abordés. Nous sommes en Anatolie et les paysages, magistralement filmées, sont d’une très grande beauté, mais presque comme des personnages, avec lesquels les personnages humains doivent composer. La nature ne sert pas de décor, elle est actrice, à l’unisson avec les personnages de chair et d’os: aucune gratuité, aucun esthétisme illustratif.

Quant aux personnages, ils sont tous d’une très grande beauté, aucun n’est sacrifié, ils sont tous, à un moment ou à un autre, valorisés. Les gros plans, les éclairages, les intérieurs laissent transparaître leurs émotions, leurs angoisses, leurs peines. Certaines séquences sont à la limite du supportable, tant les tensions sont exaspérées, l’authenticité des personnages est constamment perceptible, même et y compris lorsque les masques tombent. On a l’impression que le réalisateur gratte, gratte, pour arriver jusqu’à l’os et chaque personnage témoigne d’une grande humanité: malheureux humains qui se débattent pour vivre, ou plutôt pour survivre. Nous sommes dans la grande tragédie grecque, sauf qu’à la fin personne ne meurt, du moins physiquement. S’agissant d’un film turc, parler de tragédie grecque a quelque chose d’un peu provocateur. Pourtant, c’est bien de cela dont il s’agit et ce qui fait la très grande force du film, c’est bien son caractère universel.

Il est tout aussi évident que les thèmes traités sont très forts, n’apparaissant petit à petit que dans la narration, la montée des tensions, l’éclatement des conflits. Film à la fois politique et philosophique: la lutte des classes, les tensions amoureuses, la réflexion sur la vie, la mort, le destin, la nostalgie, tout ce qui fait la condition humaine. Certaines séquences resteront des séquences d’anthologie, séquence de beuverie, où, paradoxalement, le discours politique se lâche, séquence entre le frère et la sœur, séquence entre le mari et la femme, etc. etc. Ce n’est pas par hasard si le personnage principal est un ancien acteur de théâtre, certaines scènes sont effectivement traitées de manière très théâtrale, avec un mélange de simplicité et de lyrisme.

Sans vouloir aller plus loin -et pourtant!-, « Winter Sleep » est un grand, un très grand film, quevous auriez -à mon humble avis- tort de laisser de côté!


 

Maestro

par Henri Orhan, le 5 août 2014
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L’été n’est certes pas la saison idéale pour les cinéphiles, je me demande d’ailleurs quels sont les critères qui font qu’un film sort en été. A priori des films sacrifiés, je suppose… Et pourtant, parfois, une perle surnage… C’est le cas de »Maestro », film de Léa Faser, un film qu’il ne faut absolument pas rater, s’il passe dans votre voisinage immédiat.

Dès le début, je me suis dit qu’il s’agissait d’Eric Rohmer et de Fabrice Luchini. Bien sûr, j’avais vu, au début, que le film était inspiré d’une histoire vraie, mais j’avais vite fait l’impasse sur l’information et j’étais persuadé qu’il s’agissait du tournage de « Perceval le Gallois ». Je me suis même dit qu’à la fin on allait se retrouver au Festival de Cannes. Eh ben, je me suis trompé -je l’ai vu au générique de fin-, mais, quand même je n’étais pas loin. Il s’agissait bien de Rohmer, mais pas de Luchini; il s’agissait de Jocelyn Quivrin et de sa rencontre avec Rohmer à l’occasion du tournage de « Les Amours d’Astrée et de Céladon », dans lequel il jouait Lycidas. Pour la fin du film, il s’agissait, non de Cannes, mais de la Mostra de Venise. Vous l’avez compris, on est quand même bien dans l’atmosphère des films de Rohmer: peu de moyens, bouts de ficelle, bricolage, mais, en même temps, des plans magnifiques, une diction si particulière et si caractéristique de certaine films de Rohmer. Pendant tout le film, je me suis dit que les tournages, à quelque chose près, devaient ressembler à cela et, en ce sens, il faut féliciter la réalisatrice de sa performance…

Mais, ne craignez rien, inutile de savoir tout cela pour prendre un plaisir réel au film, encore une fois un petit bijou de l’été. La photo est magnifique et rien que cela suffirait à notre bonheur!

Mais, en plus de cela, le film est drôle, très drôle, avec des télescopages étonnants, des répliques rigolotes et des acteurs vraiment, vraiment au top. Bien sûr, au premier chef, Michael Lonsdale, époustouflant de bonhomie, de gentillesse, de culture, un Rohmer qu’on se plaît à imaginer ainsi, farfelu, archaïque, mais qui, en fait, sait parfaitement où il va. Et puis, il y a le tempérament comique de Pio Marmaï, épatant dans le rôle, et puis tous les autres.

Si vous aimez le cinéma, laissez-vous entraîner dans ce tournage, dans ce film dans le film, avec les rires, les émotions, les tensions, mais surtout la grande sympathie qui fait qu’en sortant de la salle vous vous sentez bien, pleinement revigorés, bref, optimistes, et ce n’est pas le moindre mérite de ce film-là!

juillet proverbe

L’homme qu’on aimait trop

par Henri Orhan, le 30 juillet 2014 ( http://regardscritiques.blogs.letelegramme.com/ )

 C’est étonnant, il me semble que le cinéma d’André Téchiné devient de plus en plus laborieux, de plus en plus besogneux. C’est surtout « Impardonnables » qui m’avait déçu, alors que ses films des années 80/90/2000 étaient souvent très intéressants.

Bon, sa dernière œuvre, « L’Homme que l’on aimait trop », paraît plus acceptable que le calamiteux « Impardonnables ». Il s’agit d’un honnête travail, mais que l’on risque d’oublier bien vite, tant la facture est classique, tant on reste extérieur, tant l’absence d’émotion est criarde.

Cette fois, André Téchiné se propose de nous faire partager l’affaire Maurice Agnelet, qui a tant défrayé la chronique judiciaire des dernières années, avec ses bizarreries, son absence de cadavre, ses acquittements, ses condamnations. Le film n’est pas un polar, c’est plutôt la narration chronologique d’une histoire, d’ailleurs assez bien racontée, mais à l’intérêt limité, même si la chronique sociétale paraît être l’intention première du cinéaste. Bon, si on ne s’ennuie pas, disons qu’on s’intéresse plus aux acteurs, Guillaume Canet, et surtout Adèle Haenel, qui crevait l’écran dans « Suzanne » et qui réussit, là encore, une grande performance, au point que l’on ne finit plus que par s’intéresser à ce personnage-là, qui a un peu d’humanité… Quant à Catherine Deneuve, si elle continue dans ce registre-là, elle va, au bout du bout, finir par jouer le rôle de la momie…

Bref, vous l’avez compris, un film d’été, quand il n’y a pas grand-chose d’autre à faire.


 

Jersey Boys

par Henri Orhan, le 1er juillet 2014 ( http://regardscritiques.blogs.letelegramme.com/ )

« Jersey Boys » est le dernier film en date de Clint Eastwood. Comme toujours avec le maître – on peut maintenant user de ce qualificatif!-, le résultat est tout à fait intéressant, même si, à mon humble avis, ce n’est pas le meilleur de ses films!

Cette fois, il s’attaque à un biopic: l’histoire d’un groupe de musique du New-Jersey, avant l’apparition du rock’n’roll. Le film est intéressant dans la mesure où il nous fait pénétrer dans un groupe musical, qu’on assiste à toutes les circonstances qui ont provoqué la naissance du groupe, la querelle des ego, la dissolution du groupe, ainsi que, naturellement, sa recomposition éphémère. Le film pourrait probablement s’appliquer à tous les groupes que nous connaissons et, là, effectivement, il a valeur universelle.

Mais l’intérêt aurait plutôt été limité, si Clint Eastwood en était resté là. Seulement l’intéresse également la peinture psychologique, sociologique et historique des Etats-Unis à cette époque et, dans ce domaine, le film est particulièrement réussi.

Pour le reste, la bande-son est excellente -mais c’est bien le moins qu’on puisse attendre avec un film comme celui-là!-, les interprètes sont excellents et tout à fait crédibles, avec une mention particulière à Christopher Walken. On sent bien que Clint Eastwood s’est fait plaisir et qu’ainsi il nous fait plaisir. Le film dure un peu plus de deux heures, mais l’intérêt reste constant, ce n’est pas la moindre de ses qualités.

juin

Under the skin

par Henri Orhan, le 30 juin 2014 ( http://regardscritiques.blogs.letelegramme.com/ )

Ben, ça faisait longtemps que cela ne m’était pas arrivé! Vous savez, une soirée pourrie, avec un film qui l’est tout autant! Et pourtant, en bon public que je suis, je m’accroche, je me dis qu’il y a quelque chose à comprendre, qu’il va juste falloir être patient, que tout va s’éclairer, que Scarlett Johansson va nous donner les clés. Eh bien, non, rien de rien, la lumière s’allume… Je regarde mes voisins, apparemment tous aussi perplexes, tous aussi hébétés…

Voilà, ce soir, j’ai vu « Under the Skin »…

Franchement, la seule explication possible, c’est que le réalisateur a vu toute la filmographie de David Lynch et qu’il l’a très mal digérée, bien qu’étant un inconditionnel du cinéaste.

Alors, il a voulu lui rendre un hommage: y a la blonde Scarlett qu’est devenue brune, comme dans « Mulholland Drive », y a Elephant Man, comme dans « Elephant Man », y a la même

limpidité du propos, comme dans  » Lost Higway » et surtout, surtout, y a une beauté des images à couper le souffle.

Il faut dire qu’au départ le réalisateur était parti pour un documentaire sur l’Ecosse, mais, bon, un docu, c’est un peu léger, alors autant l’envelopper dans un manteau lynchien. Mais il est vrai qu’il faut insister là-dessus, les images sont magnifiques.

Pour le reste, je n’ai rien compris au film et je trouve que l’on devrait offrir des bourses aux réalisateurs nécessiteux, pour qu’ils puissent s’offrir des stages de création de scénario, cela faciliterait tout de même un peu la tâche -là, le mot est juste!-des cinéphiles…

Dernier point, Scarlett… Ah, Scarlett, stupéfait que l’on n’en ait fait qu’une voix dans « Her », le cinéaste a voulu n’en faire qu’un corps, de la Scarlett: en effet, elle ne dit quasiment rien, mais on a tout le temps d’admirer sa plastique impeccable et, compris comme un docu (encore!) sur Scarlett Johansson, le film est presque une réussite!

Pour terminer et redevenir sérieux, voilà un cinéma que j’abhorre, prétentieux, snob, à l’esthétique boursouflée, voilà qui est dit, et tant pis pour les amateurs du genre!


 

Xenia

par Henri Orhan, le 30 juin 2014 ( http://regardscritiques.blogs.letelegramme.com/ )

Au programme, la crise grecque et européenne, les fachos d' »Aube Dorée » en Grèce, et ce qui va de pair l’homophobie, la débrouille, plus généralement la perte et la recherche d’identité, l’Italie, l’Albanie, la Crête, la Grèce, d’Athènes à Thessalonique, les portables, la télé-réalité et les media, voilà le menu copieux de « Xenia », film grec présenté au Festival de Cannes. D’après mes souvenirs, Xenia signifie « L’étrangère » et le titre est particulièrement bien choisi, tant ce personnage de la mère, absent dans le film, a de l’importance.

Personnellement j’ignorais qu’il existât un cinéma grec actuel. Eh bien si! Et même qu’il est notable. « Xenia » est un road-movie intéressant et étonnant. Deux frères, l’un mineur, gay déjanté, limite borderline, gavé de fantasmes récurrents, et qui se balade avec son lapin, et son frère plus âgé, qui bosse dans un bar à Athènes, partent à la recherche de leur père, qui ne les a jamais reconnus et qui a refait sa vie. On sait bien qu’en Grèce, depuis l’Antiquité, depuis les Atrides, les histoires de familles se terminent mal, en général…

Au travers de cette quête d’identité, c’est l’Europe actuelle, ce monde de la débrouille, ces errances, ces télé-réalités qui font rêver les exclus du système, qui nous sont montrés. Le ton est parfois jubilatoire, parfois tragique et émouvant…

Bien sûr, ce patchwork ne tient pas toujours la route, il y a des failles dans le scénario, des baisses de rythme, surtout au milieu du film, mais la dernière demi-heure sait nous accrocher: la tension monte d’un cran et, avec elle, l’émotion.

Ajoutons que les deux interprètes sont formidables, et vous comprendrez que, malgré toutes ses faiblesses, le film, très généreux dans sa conception, gagne à être vu!


 

Le procès de Viviane Amsalem

par Henri Orhan, le 30 juin 2014 ( http://regardscritiques.blogs.letelegramme.com/ )

 Déjà que, dans nos sociétés occidentales, où l’athéisme est permis, il n’est pas facile d’être une femme! Que dire alors de la condition féminine dans les sociétés où la religion est un passage obligé dans la résolution des problèmes sociétaux? Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est préférable d’être un homme plutôt qu’une femme! J’imagine que les femmes qui ont vu « Le Procès de Viviane Amsalem » sont sorties, enragées, de la salle et sont parties aussitôt brûler la première synagogue venue, ou la première mosquée ou la première église, bref le premier lieu de culte venu, et qu’elles ont laissé rôtir le rabbin, l’imam ou le curé, pour faire bonne mesure. Voilà encore un film qui, à l’instar de beaucoup d’autres, démontre de manière évidente que tout irait beaucoup mieux si les religions n’existaient pas ou, à tout le moins, si elles se contentaient de s’en tenir à la sphère privée pour les malheureux que l’idée de la mort et de la condition humaine angoissent et qui, pour se rassurer, ont créé les bondieuseries et l’idée farfelue d’une vie après la mort! Je peux vous dire qu’il s’agissait d’hommes, et non de femmes, qui en ont justement profité pour affirmer haut et fort la primauté des hommes sur les femmes et la réduction du sexe faible à l’esclavage.

Cela étant dit -et cela n’enlève absolument rien aux propos précédents- le film -car il ne faut pas oublier qu’il s’agit bien d’un film!- est, même si l’on ne peut séparer le fond de la forme, un film extraordinaire, d’une grande exigence, d’une esthétique remarquable et d’une force peu commune, qui emporte l’adhésion!

Film exigent, cela va sans dire, dans la mesure où il s’agit d’un procès en divorce devant une juridiction rabbinique et que, de ce fait, nous ne sortirons jamais de la salle d’audience, tout au long des années où le procès durera. A ce propos je suis persuadé qu’il s’agit d’une histoire vraie – ce genre de choses ne s’invente pas!!!-. Et pourtant, pas un seul moment, on ne s’ennuie, les mouvements de caméra, les différents points de vue, la mise en scène, les gros plans, tout est mis en œuvre pour tenir en haleine le spectateur. Les acteurs, en outre, dans ce huis clos théâtralisé, sont parfaits et pourtant la tâche n’était pas mince. Bien sûr Simon Abkarian montre toute l’étendue de son talent et des registres insoupçonnés, mais tous les autres sont excellents, des juges en passant par les avocats. Quant  à l’actrice incarnant Viviane, elle joue toute en nuances un rôle pourtant pas simple et dessine, une fois encore, un magnifique portrait de femme! De la très grande direction d’acteurs!

Les partis pris esthétiques sont également très intéressants: le huis clos est assumé et parfaitement maîtrisé, l’unité de lieu est respectée, seuls quelques plans dans les couloirs et salles d’attente viennent rompre le rituel du procès.

Mais, petit à petit, la tension monte, les personnages apparaissent beaucoup plus compliqués qu’il n’y paraissait au départ et chacun, dans son évolution, défend sa propre logique. Le film est très fort, très tendu, rien ne vient distraire le propos, tout est centré sur les personnalités des uns et des autres.

Pour faire dans le cliché, « Le Procès de Viviane Amsalem » ne laisse pas indifférent et devrait être vu par tout le monde. C’est du grand cinéma, tant  du point de vue idéologique et didactique que du point de vue esthétique.


 

On a failli être amies

par Henri Orhan, le 26 juin 2014 ( http://regardscritiques.blogs.letelegramme.com/ )

« On a failli être amies », ce n’aurait sûrement pas été mon premier choix cette semaine. La bande-annonce ne présageait rien de bon et, si « Les Invités de mon père », également d’Anne Le Ny, m’avaient beaucoup plu, « Cornouaille », toujours d’Anne Le Ny, m’avait beaucoup moins convaincu. Mais enfin je me suis laissé entraîner et, il faut le dire tout de suite, je ne le regrette pas, car j’ai passé une excellente soirée.

Bon, bien sûr, ça ne restera pas comme un chef-d’œuvre du cinéma, ce ne sera pas le film de l’année, mais « On a failli être amies » appartient à la catégorie des films français sympa, à l’instar des films de Jean Becker parfois. Film léger, plaisant, agréable à regarder, plein d’humour, parfois d’émotion et de mélancolie. Inutile de vous raconter l’histoire, très classique variation du ménage à trois, mais le scénario, roublard, astucieux, habile, malgré quelques relâchements, fonctionne parfaitement. Certaines répliques sont très drôles, certaines situations sont particulièrement bien vues et, cerise sur le gâteau, on est dans le gastronomique, ce qui est toujours réjouissant, et, quand on n’est pas dans le gastronomique, on est dans le monde de « Pôle- Emploi », ce qui est tout aussi réjouissant!

Naturellement, pour qu’un film comme celui-là fonctionne, il faut de grands acteurs et, là, on peut dire que nous sommes particulièrement gâtés: entre Karine Viard et Emmanuelle Devos, c’est un vrai festival! On peut dire qu’on a là deux natures cinématographiques, chacune dans son registre, et le duo fonctionne formidablement. Du coup, Roschdy Zem, qui, comme à son habitude, est très bon, apparaît falot par rapport aux deux nénettes. C’est peut-être voulu, car -je ne sais pas comment cela va être interprété!- il s’agit, à mon humble avis, d’un vrai film de nanas, tant dans les personnages principaux que secondaires.

Au total, si vous voulez vous distraire intelligemment, ne faites pas l’impasse sur ce film savoureux. Seul petit bémol peut-être: j’ai vu, au générique de fin, que le film avait été tourné à Orléans; pour ceux qui connaissent cette ville magnifique, ils vont regretter comme moi que le décor ne soit pas mieux exploité…


 

Black Coal

par Henri Orhan, le 22 juin 2014 ( http://regardscritiques.blogs.letelegramme.com/ )

« Black Coal », film sud-coréen, film chinois? Dès les premières minutes, film chinois d’une manière évidente…

Dès les premières minutes également, on pense à Takeshi Kitano, « Hana-Bi », par l’extrême violence, par le même personnage de flic un tant soit peu allumé. La référence est tellement frappante que Yi’nan Diao, le réalisateur, a dû probablement voir le film, mais si l’hommage est fortuit, il est troublant! D’ailleurs, si le film de Kitano signifie « Feux d’artifice », celui de Yi’nan Diao signifie « Charbon noir, Glace fragile », mais, dans le film, une boîte de nuit, apparemment, qui a beaucoup d’importance pour l’intrigue, signifie « Feu d’artifice en plein jour »!

Cela dit, le film est un polar, vous l’aurez compris… Pour ce qui est du scénario, il faut rester concentré et vigilant, mais, concernant les polars, je ne suis guère une référence, alors… Pourtant je ne me suis en aucun cas ennuyé, m’accrochant pour tout comprendre…

Par contre, ce qui m’a beaucoup plus intéressé, c’est l’esthétique du film et ce qu’il donne à voir de la Chine contemporaine. Tout -ou presque tout- se passe de nuit, dans la neige ou sur des patins à glace. La patinoire a une importance capitale dans le film. Le froid est extrême, l’atmosphère est glauque, sombre et oppressante. Pourtant les plans sont magnifiques, on sent que l’esthétique est une préoccupation primordiale du réalisateur, les couleurs sont souvent très chaudes et, pendant tout le film, on est sous le charme de la contemplation.

Quant à ce que le film nous montre de la Chine contemporaine, on pense à « A Touch of Sin », même si le registre est différent, mais, dans les deux cas, on a le portrait d’une Chine ultra violente, passée trop vite d’un archaïsme quasi-moyen-âgeux à la modernité, avec toutes les conséquences que cela implique: personnages perdus, en quête de repères, violence sociétale sous-jacente, imitation des valeurs occidentales et mondialistes. On se croit, par moments, dans certains films noirs américains et, comme les acteurs ont un jeu particulièrement adapté, le résultat est on ne peut plus satisfaisant.

En définitive, un bon thriller sociétal!

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Les poings contre les murs

par Henri Orhan, le 16 juin 2014 ( http://regardscritiques.blogs.letelegramme.com/ )

Si nous n’étions un tant soit peu vigilant et, pour tout dire, doté d’une certaine curiosité, il y a certains « petits » films qui nous échapperaient, et ce serait bien regrettable…. C’était le cas pour « Tristesse Club », c’est le cas également pour « Les Poings contre les murs », même si, naturellement, le registre est totalement différent, c’est le moins que l’on puisse dire!

« Les Poings contre les murs » appartient à ce cinéma britannique qui, si souvent, nous réserve des surprises de cet ordre.

Naturellement, ce n’est pas la première fois que l’on traite au cinéma du monde carcéral, et ce n’est pas en cela que le film est original. Ce qui en fait tout l’intérêt, c’est le haut degré de dénonciation de ce monde à la violence primitive et l’on comprend très vite pourquoi le film est interdit aux moins de douze ans! Le film se passe exclusivement à l’intérieur de la prison et la mise en scène et le propos sont d’une telle exigence, d’une telle rigueur intellectuelle, qu’à aucun moment on n’a l’occasion de souffler: on est en permanence sous le choc des émotions, l’atmosphère est extrêmement tendue, rien ne détourne l’attention, aucune digression, le film est tout d’un bloc et le public ne ressort pas indemne de la projection…

La sauvagerie d’êtres humains qui semblent revenus à l’état le plus primitif, tant du côté des prisonniers que du côté de l’administration pénitentiaire, est renforcée par le scénario, dans la mesure où un fils et son père se retrouvent dans la même prison, avec un très lourd passé, un très lourd contentieux à régler. Hormis la violence filmée d’une manière extrêmement réaliste, de nombreux autres thèmes sont abordés, les relations entre les personnages constituant l’élément essentiel du film.

Les acteurs, dans un registre totalement éprouvant, sont à la hauteur et portent le film avec énormément de conviction et, même si le traitement psychologique des personnages paraît parfois moins convainquant par manque de nuances, c’est un film qu’il faut accepter de voir, un film indispensable sur le milieu carcéral, surtout pour ceux qui ne sont pas encore convaincus que la prison aboutit forcément au contraire de ce pour quoi, en principe, elle a été créée. Le film n’est absolument pas didactique, mais le constat n’en est que plus fort, plus violent.

Bref, un film important…

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Tristesse Club

par Henri Orhan, le 14 juin 2014 ( http://regardscritiques.blogs.letelegramme.com/ )

Saint-Brieuc, temps magnifique, pas un poil de nuage, grosse chaleur, comme souvent en Bretagne, samedi, 18 H… Un temps idéal pour aller au ciné. Si le film est un nanar, au moins j’aurai en gros passé deux heures au frais. Si ça se trouve, je vais avoir une séance privée…Bingo, je suis seul dans la salle.

Alors bon, j’ai passé deux heures au frais, mais surtout j’ai passé deux heures très agréables devant un film français dont j’ignorais tout, « Tristesse Club ». Ca sent le premier film et, effectivement, c’est le premier long métrage de Vincent Mariette. Un vrai régal…

Bon, bien sûr, ce n’est guère original, cela s’inscrit dans la lignée des bonnes comédies françaises, drôles autant qu’émouvantes, légères autant que plaisantes. Bien sûr, il n’y a volontairement aucune recherche de vraisemblance, le scénario est foutraque, mais on se laisse aller, car l’histoire est plaisamment racontée et il y a de vrais personnages et de belles séquences, entre surréalisme et franche bidonnade. Bien sûr on n’évite pas forcément les chutes de rythme, mais à aucun moment on ne s’ennuie! Les personnages sont attachants, clown triste, faux bellâtre au cœur tendre, petite minette espiègle et limite midinette, etc., etc.

Naturellement, pour que cela marche, il faut des acteurs qui assurent et, là, c’est tout à fait le cas. Ludivine Sagnier est belle comme un cœur, excellente dans son rôle, petite personnalité tendre et sentimentale, mais pas imperméable à l’émotion. Laurent Lafitte, une fois de plus, joue les bellâtres et on craint un peu le pire, mais le personnage est étonnant dans son évolution et de plus en plus crédible au fil des scènes. En outre j’ai découvert un acteur que je ne connaissais pas et qui explose à l’écran, dans une création burlesque et tendre à la fois, j’ai nommé Vincent Macaigne. Eh bien, celui-là, on peut dire qu’il a du talent: son personnage est désopilant.

Se succèdent donc les scènes drôles, loufoques, parfois surréalistes; une séquence m’a plus particulièrement marqué, celle où intervient Noémie Lvovsky, particulièrement délirante, mais l’ensemble tient la route.

C’est donc du cinéma drôle, émouvant, léger, mais qui en dit plus qu’il n’y paraît, subtil et attachant. Nous ne sommes absolument pas dans le registre de « Mais qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu? », ça n’aura pas le même succès, et pourtant… c’est infiniment plus délectable!

mai proverbe

Deux jours, une nuit

par Henri Orhan, le 24 mai 2014 ( http://regardscritiques.blogs.letelegramme.com/ )

Là, je suis un peu gêné, grandement embêté même, pour tout dire. J’aime beaucoup ce que font les frères Dardenne. Je n’ai rien lu sur leur dernier film, « Deux jours, une nuit » et, si je suis le seul à avoir l’opinion qui suit, je vais me faire ramasser. Alors, mettons les pieds dans le plat d’entrée de jeu: la Bérézina, franchement rien à sauver et croyez qu’il m’est pénible de dire cela.

Le film ne fonctionne pas, pour une bonne et simple raison, l’absurdité du scénario, l’invraisemblance, l’absurdité de la construction du film.

Commençons par l’absurdité de la construction du film… Au lieu d’avoir un film, on en a sept ou huit, dans une totale répétition. Vous connaissez l’histoire, Marion Cotillard va devoir essayer de convaincre ses collègues de boulot de sauver son emploi. Donc, le film raconte ses différentes visites et, à chaque fois, elle répète sa petite histoire, avec quasiment les mêmes pauvres mots. Imaginez simplement qu’il y ait eu une vingtaine d’ouvriers à convaincre et on y était encore. Donc, l’errance du personnage, d’une sonnette à l’autre, les mêmes pauvres dialogues. Dans une école de cinéma, les élèves qui auraient commis ce genre de scénario se seraient vite fait bien fait reprendre par leur prof. Et, à chaque fois, les portraits types: le plein de remords, le violent, le noir, le compassé, etc., etc.

Et s’il n’y avait que cela! Mais le reste est à l’avenant, tant le scénario est artificiel et invraisemblable.

Le personnage de Marion Cotillard sort d’une sévère dépression et elle est censée être guérie. Or, pendant tout le film, elle montre les symptômes de la dépression: crises de larmes, crises d’angoisse, asthénie qui la fait se recroqueviller dans son lit, absorption d’anxiolytiques comme s’il s’agissait de bonbons Kréma, tentative de suicide, etc., etc.

Autre chose, le dilemme de départ est totalement absurde et artificiel. Le vendredi, le patron a l’idée saugrenue de faire voter ses ouvriers: ou ils reçoivent une prime de 1000 euros et ils acceptent que Marion Cotillard soit licenciée le lundi, jour où elle doit reprendre son travail après sa maladie, ou ils risquent, à brève échéance, d’être tous licenciés. La majorité vote pour la prime, mais, le samedi, une collègue de Marion Cotillard obtient du patron qu’on revote le lundi, parce qu’il y a eu des pressions du contremaître(!). Il reste au personnage à faire le tour des popotes pour sauver son emploi!

Sans vouloir faire trop long, on pourrait lister les invraisemblances, toutes très nombreuses. Je vous laisse les découvrir à votre tour…

Alors, évidemment, face à cela, ce n’est pas un cadeau que l’on fait aux acteurs, qui, malgré leur bonne volonté, n’arrivent évidemment pas à s’en tirer. Pourtant, vraiment, ils font ce qu’ils peuvent, mais la tâche paraît insurmontable…

Le film finit par être d’un grand ennui et on est malheureux pour les frères Dardenne et pour les acteurs. On a hâte que cesse le supplice avec toujours les mêmes questions: comment les frères Dardenne ont pu se rater à ce point et comment les sélectionneurs de Cannes ont pu retenir ce film pour le Festival?

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Maps to the Stars

par Henri Orhan, le 24 mai 2014 ( http://regardscritiques.blogs.letelegramme.com/ )

J’avais cru comprendre que « Maps to the Stars » était une pochade désopilante sur Hollywood. C’était oublier que le film était de David Cronenberg, c’était oublier que le cinéaste canadien est un grand maître du sulfureux, du fantastique, de l’épouvante et il ne lui a pas fallu longtemps pour se rappeler à notre bon souvenir.

D’abord, en gros, les vingt premières minutes Ben, d’abord, disons que je n’ai pas compris grand-chose. Qui est qui? C’est quoi, l’histoire et puis, d’abord, combien y a-t-il d’histoires? La mise en place tarde à se faire. Puis, petit à petit, le puzzle se met en place et, à partir de là, on est totalement accroché, et ce jusqu’à la fin. Quant à la pochade contre Hollywood, je crois bien n’avoir vaguement souri qu’une fois! Pour le reste, on a effectivement une vision dantesque et démoniaque du monde hollywoodien: ils sont tous, je dis bien tous, tarés, schizophrènes, et, pour les dames, plus ou moins nymphomanes, avec des ego complètement surdimensionnés. Ils sont imbuvables, égoïstes, ne pensant qu’à leur petite carrière, qu’à leur promo, qu’à tirer les draps à eux, en essayant d’éliminer quasi physiquement leurs partenaires. Ils sont d’une hypocrisie et d’une vulgarité à toute épreuve. Du coup, le film est d’une rare violence et la satire tourne proprement au jeu de massacre. On est happé par l’histoire, se demandant comment cette dernière va se terminer, à quel drame effroyable nous allons assister et, de ce point de vue, on n’est pas déçu. Pas un personnage qui ne soit déviant, pas un personnage qui ne soit normal, pas un personnage qui ne soit humain, ou alors trop humain peut-être…

Mais le film, dans sa richesse et sa complexité, va beaucoup plus loin, il rejoint par ses thèmes les grandes tragédies grecques, on se retrouve chez les Atrides: meurtres, violences, incestes, et l’épopée hollywoodienne sombre dans l’horreur. Au moins les Grecs avaient le sens du tragique, ici, on n’a que le sens du burlesque, tant les personnages sont mesquins, imbus d’eux-mêmes, tant ils se plaisent à se regarder souffrir, jouir ou geindre, tant ils sont cabotins; on assiste à l’épopée de la veulerie humaine.

Film grandiose qu’on se plaît à apprécier comme un vaste opéra de l’horreur du comportement humain.

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The Homesman

par Henri Orhan, le 16 mai 2014 ( http://regardscritiques.blogs.letelegramme.com/ )

En tant que film de genre, le western, en tant que tel, est bien mort. Pourtant, il est régulièrement revisité par de grands cinéastes, qui ont une vision toute personnelle de ce genre cinématographique. Sans parler de Sergio Leone et du western spaghetti, des cinéastes comme Kevin Costner, Clint Eastwood et, plus près de nous, Tarentino, ave « Django Unchained » ou les frères Coen, avec « True grit », se sont essayé au western, mais toujours avec une vision personnelle, toujours avec quelque chose d’original. Cette fois, c’est Tommy Lee Jones qui s’y colle, avec « The Homesman » et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a des choses à dire et qu’en outre il a la manière de les dire.

Nous sommes à la fois très près et très loin du western classique, très près, parce qu’il y a les grands espaces, les cow-boys, les Indiens, les bagarres, les armes, les chevaux, l’alcool, très loin, parce que le discours, me semble-t-il, va beaucoup plus loin que le western classique. Le film est passionnant et, à aucun moment, on ne décroche de l’action, qui navigue entre humour burlesque, émotion, violence et sauvagerie.

Le film est construit de manière extrêmement habile en deux parties bien distinctes. On part de l’ouest sauvage, de la brutalité des hommes, de leur sauvagerie, comme de la sauvagerie de la nature et des éléments. L’épopée de l’ouest en prend un sacré coup: quid de l’idéal des pionniers, de l’espoir généré par la conquête de l’ouest? Ici il ne reste que la bestialité des rapports humains, y compris des rapports sexuels, hallucinants dans leur violence. Les glorieux conquérants semblent être punis, jusqu’à la folie, par un dieu de haine et de puritanisme. Dans la deuxième partie, après tout un voyage initiatique, on en arrive à la civilisation, mais tellement sauvage elle aussi qu’il ne reste plus en définitive comme solution que le retour vers le far-west.

Le film est porté par des acteurs stupéfiants, en premier lieu par Hilary Swank, que l’on retrouve avec énormément de plaisir (A ce sujet, il est incompréhensible qu’une telle actrice soit aussi sous-employée dans le cinéma contemporain!), en second lieu par Tommy Lee Jones lui-même dans un de ses plus beaux rôles. Et que dire de la performance des trois actrices qui incarnent les folles? Le film est également porté par une musique somptueuse et par un scénario riche en rebondissements.

Mais le plus important, c’est que ce film éclaire, porte en lui toute la genèse de cette nation et explique ce que sont les USA actuels: violence, sauvagerie, puritanisme, profit, business, proliférations des armes à feu, exécutions capitales. Nous sommes ici à la naissance d’une nation et « The Homesman » nous montre les fondements historiques de la nation américaine actuelle, loin de l’image d’Epinal véhiculée par d’autres œuvres cinématographiques.

Grande performance de Tommy Lee Jones, réalisateur et producteur d’un film très fort, captivant et qui pousse très loin la réflexion.

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La chambre bleue

par Henri Orhan, le 16 mai 2014 ( http://regardscritiques.blogs.letelegramme.com/ )

Perplexe, c’est bien le terme, perplexe après le visionnement du film de Mathieu Amalric, « La Chambre bleue », en compétition à Cannes dans la catégorie « Un Certain Regard ».

Pourtant j’aime beaucoup le travail, autant d’acteur que de réalisateur, de Mathieu Amalric. Cette fois, il est à la réalisation et s’octroie le rôle principal. Nous sommes dans l’adaptation d’un roman de Georges Simenon.

De tout ce qui nous est raconté, on ne saura jamais si ce qui se passe est vrai, puisque tout passe par le souvenir du personnage. Tout le film est construit sur le principe du flash-back. Il s’est passé quelque chose, puisque le personnage interprété par Amalric est confronté à des policiers et à un juge. Le film est construit sur un puzzle que nous allons découvrir progressivement; petit à petit l’histoire va se mettre en place, mais le gros problème, c’est qu’à la fin nous ne serons guère plus avancés: qui a tué qui, quels sont les motivations des uns et des autres, bien malin qui pourrait le dire…

Le scénario est volontairement minimaliste, la mise en scène également; il en est de même du jeu des acteurs, ce qui donne au final quelque chose d’assez lisse et frustrant avec des acteurs qui semblent sous-utilisés, une musique un peu pesante et, au bout du compte, un résultat décevant compte tenu de l’ambition affichée.

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La voie de l’ennemi

par Henri Orhan, le 13 mai 2014 ( http://regardscritiques.blogs.letelegramme.com/ )

J’ignorais que « La Voie de l’ennemi » de Rachid Bouchareb était le remake d’un film de 1973 de José Giovanni, « Deux hommes dans la ville », je l’ai appris dès les premières images du générique. Mauvais point! En général, les remakes, sauf exceptions notables, il est vrai, n’apportent pas grand-chose de nouveau, quand ils ne témoignent pas d’une absence d’imagination, pour ne pas dire de créativité. Je ne sais pas ce que je faisais en 1973, en tout cas, je me suis très vite rendu compte que je n’avais pas vu le film de Giovanni et le scénario de « La Voie de l’ennemi » a été une pure découverte, tant mieux…

D’emblée, affirmons bien fort que le film est excellent, pour plusieurs raisons.

D’abord il dégage autant de tension que d’émotion. Bien sûr le scénario n’échappe pas à un certain manichéisme et ne fonctionne pas dans la nuance! Un homme qui a tué l’assistant dushérif, dans un coin reculé du Texas, dans la zone frontalière avec le Mexique, après dix-huit ans

de pénitencier, est libéré, en conditionnelle, et suivi par un agent fédéral, une respectable femme flic. Or la justice américaine ne trouve pas mieux que de le remettre dans la juridiction de ce shérif, sur le lieu de ses actes criminels passés, en contact avec d’anciens complices. Le shérif, loin de faire respecter la loi, n’aura de cesse que de le faire retomber et s’inscrit dans un processus de vengeance personnelle. En outre, le délinquant, en prison, a été un détenu modèle, s’est converti à l’islam, est devenu un bon pratiquant, a fait des études et ne rêve que de se réinsérer, quasiment un saint en quelque sorte… Son idéal est celui de tout bon américain: une femme, des enfants, une maison à lui, et même un chien… Tout cela fait qu’au départ la barque est tout de même un peu chargée.

Mais ce n’est guère un souci car, deuxième point, le film est traité comme une tragédie antique et on peut savoir gré au cinéaste d’avoir pris le parti de ne s’intéresser qu’ à la marche inexorable du destin, en resserrant sa caméra autour des personnages principaux, le délinquant, le shérif, la femme flic, et quelques personnages secondaires -aussi peu nombreux-, la jeune banquière mexicaine avec qui il va essayer de construire sa vie, sa mère et un ancien complice, c’est à peu près tout. Donc la tension est très forte, aucune séquence ne s’écartant du dilemme de départ. Bien sûr, inexorablement on sait vers quoi on va, mais on est très pris par cette tension très forte qui pèse sur le personnage principal.

En outre, troisième intérêt, Rachid Bouchared sait faire passer l’émotion sans jamais jouer sur le pathos ou le mauvais mélo, chaque personnage jouant parfaitement son rôle et répondant à ses caractéristiques psychologiques et à ses contradictions internes. D’abord, le personnage joué par Forest Whitaker -impeccable comme à son habitude!- est en permanence à la limite de la rupture et on ne peut que s’identifier à sa problématique. Une séquence est particulièrement forte, lorsqu’il retrouve sa mère qu’il n’a pas vue depuis dix-huit ans, courte séquence, qui, à elle seule, nous fait comprendre au plus profond les deux personnages. Ensuite, le shérif, joué par Harvey Keitel, qui campe une autre forme de stéréotype de l’américain, conservateur, patriote, enfermé dans sa vengeance, mais pas insensible à la douleur humaine. La séquence patriotique pendant laquelle on fête un « héros » de retour d’Afghanistan est à cet égard édifiante, à la limite de la caricature. Quant à l’agent de probation, chargé de sa mise à l’épreuve, joué par Emily Smith, même chose, le personnage est tout dans la nuance. Au fin fond du désert elle écoute en boucle les chansons de Barbara, elle applique la loi, mais fait preuve d’humanité. Ce trio d’acteurs, à lui seul, ferait fonctionner le film.

Dernier point, le soleil, le cagnard, la poussière, les paysages du désert, superbes, la technique de Rachid Bouchareb, tout concourt à faire de ce film une tragédie intemporelle, où les conflit humains sont très finement analysés.

De ces différents points de vue, le film est une belle réussite.

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Au nom du fils

par Henri Orhan, le 8 mai 2014 ( http://regardscritiques.blogs.letelegramme.com/ )

Vu les bribes d’information saisies au vol à propos de « Au Nom du Fils », on s’attend à bouffer du curé, à vivre un moment jubilatoire et réjouissant, comme on peut souvent en voir dans les comédies belges. Et c’est bien dans ce registre que fonctionne toute la première partie du film, sur le burlesque des situations, et c’est particulièrement bien vu: une famille catho intégriste, la maman s’occupe d’une radio catho, dans le style d’une Ménie Grégroire chrétienne, elle croit profondément à ce qu’elle fait. Pendant ce temps, le papa joue à la guerre avec son fils aîné, sous les ordres de commandos d’extrême droite se préparant à bouter les mécréants arabes hors de France. Les premières séquences du film sont désopilantes, surtout la première, une vidéo un peu hallucinante et que je vous conseille de regarder attentivement. Evidemment la charge est féroce, mais pas si éloignée de la réalité, compte tenu de ce que l’on sait de ces milieux.

La deuxième partie du film, lorsque la maman passe à l’action, « au nom de son fils », est moins convaincante, parce que le réalisateur n’a pas su choisir entre comédie burlesque et tragédie, qui se prend plus au sérieux. Le changement de ton nuit à la cohérence du film. On s’attendait à ce que le cinéaste continue dans la même veine, surtout que le western promettait de bons moments. Alors, c’est vrai que cela fonctionne parfois, mais il est dommage que le réalisateur n’ait pas osé aller au bout de sa démarche. Tarentino dénonçait l’esclavage en gardant la même force désopilante et iconoclaste et, encore une fois, c’est un peu à cela que l’on s’attendait, vu le début du film, dans la dénonciation des prêtres pédophiles et de la complicité de l’Eglise. Mais, bon, n’est pas Tarentino qui veut.

En tout cas, sur beaucoup d’aspects, le film est plaisant et, de toute manière, un film qui énerve « Civitas » ne peut pas être complètement mauvais.

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Pas son genre

par Henri Orhan, le 7 mai 2014 ( http://regardscritiques.blogs.letelegramme.com/ )

En général, j’apprécie beaucoup le cinéma de Lucas Belvaux. J’ai gardé un excellent souvenir de sa trilogie et de son avant-dernier opus, « 38 Témoins », c’est dire que j’étais naturellement intéressé par son dernier film, « Pas son genre ». Pourtant, difficile de trouver un sujet plus casse-gueule! Attendez, je peux même vous raconter le film avant de l’avoir vu: un jeune prof de philo, maître de conférence dans une fac parisienne est nommé, pour son premier poste, à Arras, il rencontre une coiffeuse… Bon, ça va, on a compris, on va avoir droit à tous les clichés de la mésalliance et tout cela va très mal finir! Eh bien, après avoir vu le film, je peux vous dire que c’est exactement cela, entre Kant et la collection Harlequin, entre Pygmalion, le karaoké et le salon de coiffure!

Aucune raison donc pour que le film fonctionne! Et pourtant il fonctionne, pour au moins deux bonnes raisons, un, parce que c’est Belvaux qui est aux commandes, deux, parce qu’il bénéficie d’une actrice extraordinaire, Emilie Dequenne, bluffante, époustouflante, d’une beauté, quoiqu’en dise le personnage, éblouissante, autant extérieure qu’intérieure. Il va sans dire que sans elle le film ne fonctionnerait absolument pas…

Première raison, Belvaux joue le premier degré, joue le jeu de l’évidence. Aucun recul, aucun mystère, on a la confrontation attendue. En outre la mise en scène est pleinement dominée, le scénario habilement déroulé, l’intrigue psychologique est esquissée de manière chronologique, les dialogues sont très soignés et de longues séquences sont passionnantes à regarder. Bref, un beau travail d’artisan autant que d’artiste, d’autant que la direction d’acteurs -surtout d’actrice  d’ailleurs! – est excellente!

Deuxième raison, la performance éblouissante d’Emilie Dequenne, qui, elle aussi, joue le jeu et parvient à rendre crédible cette histoire improbable. Cette jeune coiffeuse est pleine de vie, d’intelligence, de subtilité, d’authenticité dans sa conviction de l’existence du grand amour.

Toujours à la limite entre rire et émotion, entre joie de vivre et lucidité devant la vie. On est,

grâce à elle, dans la grande tragédie, craignant une issue fatale… Alors, évidemment, pour

que ça marche, il faut l’antagonisme entre elle et le prof de philo, et là on peut dire que Lucas Delvaux s’est défoulé: son personnage de prof de philo, plein de morgue et de mépris, espèce de BHL au parisianisme exacerbé, au snobisme caricatural, d’une bêtise à pleurer lorsqu’il s’agit de sentiments, fait pâle figure devant la jeune coiffeuse. Personnage gratiné, mais il ne pouvait en être autrement, sinon, nous n’aurions pas eu ce magnifique personnage de femme, beaucoup plus lucide et intelligente que son benêt de compagnon, à la goujaterie quasiment criminelle.

Un cinéma psychologique, que certains, restant extérieurs, qualifieront peut-être d’intello. Pourtant le pari, loin d’être gagné au départ, est totalement réussi: un bel hymne à la vie, un bel hymne à la femme!

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Joe

par Henri Orhan, le 6 mai 2014 ( http://regardscritiques.blogs.letelegramme.com/ )

Eh bien, dites-moi, on n’en sort pas, ou plutôt si, on en sort, de la salle de cinéma je veux dire: encore une histoire de Rednecks, et celle-ci particulièrement gratinée! Ultra-violence, alcool, tabac, armes, chiens dangereux, et puis viol, violence, et puis des êtres dégénérés, et puis des flics, et puis des putes, voilà tout l’univers où évoluent les personnages. Après « Délivrance », « Winter’s Bone », « Tom à la ferme », « Nebraska » et tant d’autres, voici « Joe » de David Gordon Green, avec Nicolas Cage et Tye Sheridan.

À propos de Nicolas Cage, enfonçons des portes ouvertes. Tout le monde l’a dit: Nicolas Cage avait, croyait-on, perdu tout son talent dans des nanars plus nanars les uns que les autres, donc, inutile d’insister, sinon pour dire tout de même que cela fait du bien de revoir l’acteur dans un grand, un très grand film, qui lui doit énormément. Manifestement ses errances ne lui ont pas fait perdre son talent immense. Son interprétation du personnage principal restera un grand moment, l’incarnation qu’il en donne est magistrale..

Pour en revenir au film lui-même, nous sommes au Texas et Nicolas Cage dirige toute une équipe d’ouvriers, essentiellement des noirs et, au début, on a l’impression d’avoir affaire à des bûcherons ou à des forestiers. Pourtant leurs haches sont intrigantes, dans la mesure où elles arrosent les arbres, mais on finit par apprendre qu’ils empoisonnent des arbres, trop fragiles et qui seront remplacés par des pins. Déjà ce travail donne la tonalité du film: ce n’est ni innocent ni gratuit que la mort rôde.

 D’ailleurs on ne sortira pas vraiment de cette ambiance. La violence n’est pas stylisée; au contraire, elle est hyperréaliste et certaines images sont à la limite du supportable. Nicolas Cage se prend d’amitié pour un jeune garçon, à la forte personnalité et qui veut s’en sortir, mais qui est proprement martyrisé par un père alcoolique, violent et dégénéré. Il deviendra un père de substitution.

Le film est très riche, très complexe, et on ne peut guère en dire plus, si on ne veut pas gâcher  votre plaisir. Ajoutons seulement que le film est très noir, très sombre. Son intérêt réside surtout dans la peinture d’un milieu, où n’existe que la mort. L’image, une fois de plus, donnée des USA, est glaçante. L’atmosphère est très sombre, surlignée par une musique exceptionnellement adaptée à l’ambiance particulièrement glauque. Pourtant, dans cet univers, surnagent des personnages émouvants et qui ne fonctionnent et qui n’agissent, même dans les pires moments de violence, que mus par la tendresse énorme qui les caractérise.

Encore une fois, donc, un très grand moment de cinéma, une réalisation parfaite et, en prime, la renaissance d’un formidable

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Dans la cour

par Henri Orhan, le 3 mai 2014 ( http://regardscritiques.blogs.letelegramme.com/ )

J’ai parfois du mal avec Catherine Deneuve, avec son jeu parfois un peu lisse et détaché. J’ai même été franchement déçu par « Elle s’en va », même si elle est loin d’être la seule responsable. Alors, avec « Dans la cour », que dire? Eh bien, que Catherine Deneuve est cette fois éblouissante, qu’elle a trouvé, grâce à Pierre Salvadori, un des plus beau rôles de sa carrière, et que, cette fois encore, elle n’est pas la seule responsable. Elle a, il faut le dire, Gustave Kervern à ses côtés, là aussi dans un de ses plus beaux rôles, un rôle pour une fois vraiment à la hauteur de son immense talent, et dans un registre où on ne l’attendait pas forcément. Les autres sont du coup transcendés par la performance et assument comme rarement, en particulier Feodor Atkine, Pio Marmai ou Michèle Moretti et tous les autres. Voyez, on serait à Cannes, je ferais partie du jury, j’aurais trouvé ma Palme d’Or, avec, en supplément, un double Prix d’Interprétation pour Catherine Deneuve et Gustave Kervern!

C’est dire si j’ai apprécié ce petit bijou d’humour, d’innocence, d’émotion et, mine de rien, de contestation politique et d’insolence sous un air décalé et innocemment anarchiste. Je m’explique: nous sommes dans un monde délirant, dans un monde de folie, qui marche sur la tête. Le postulat est donc évident: les inadaptés, les qui sont dans leur monde, dans leur bulle, les gens gentils, sensibles, humains, les poètes, bref les vraies gens, les gens normaux, ne peuvent que sombrer dans la dépression. On a donc droit à une belle et formidable galerie de portraits! Le générique et la première séquence sont déjà stupéfiants de beauté: le personnage de Gustave Kervern, chanteur de rock, plante son groupe sur scène et part avec sa petite valise. On le retrouve postulant pour un travail de gardien d’immeuble, dont les propriétaires sont Catherine Deneuve et son mari, Féodor Atkine. Partant de là, l’action du film, comme son titre l’indique, se passe dans cet immeubleet, évidemment, surtout dans la cour. Chacune des séquences donne l’occasion de portraits de groupes, aussi surréalistes que désopilants, entre un allumé vendeur de vélos -ou de vélibs, on ne sait pas bien-, qui n’hésite pas à forcer sur les produits illicites après avoir été professionnel de football au Milan AC il me semble, un chien qui se sent coupable d’avoir contracté un eczéma et qui, honteux, baisse les yeux devant la caméra, un prosélyte d’une secte d’illuminés, un homme qui aboie dans la nuit, etc., etc., j’en passe, et des meilleurs… Et le film tient la route, aucun moment de faiblesse, un rythme égal, ça fonctionne complètement, avec des acteurs qui, manifestement, prennent un malin plaisir à endosser des rôles magnifiques. Tous les personnages sont valorisés, tous ont leur partition à jouer, ce qui confère au film un grand équilibre.

Mais, si l’on rit énormément, comme dans toute fable philosophique, on est aussi beaucoup dans l’émotion, avec des personnages tous attachants, tous authentiques et sincères avec eux-mêmes, ce qui fait que certaines séquences sont bouleversantes. On est sans cesse sur le fil du rasoir, entre éclats de rire et émotion, avec des personnages d’une humanité extraordinaire.

Quant au discours politique qui sous-tend tout cela, il est tout aussi iconoclaste qu’anarchiste.

Un grand film qui détone dans le paysage contemporain et que vous ne devez manquer sous aucun prétexte.

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avril proverbe

States of Grace

par Henri Orhan, le 29 avril 2014 ( http://regardscritiques.blogs.letelegramme.com/ )

Le petit bonhomme souriait dans « Télérama ». Alors, après « Night moves », pourquoi pas « States of Grace »?

Tout le début est bienvenu: nous sommes dans un foyer pour jeunes en détresse, en proie à des problèmes psychologiques ou psychiatriques. Un responsable, qu’on verra peu, trois éducateurs et un stagiaire qui débarque, et les adolescents. L’action se recentre sur les deux éducateurs amoureux l’un de l’autre et qui vont décider de vivre ensemble. L’atmosphère est bien vue, l’empathie des éducateurs envers les ados est évidente, les gamins sont tous intelligents et charmants, malgré leurs problèmes. Il y a même quelques pointes d’humour avec le jeune éducateur novice, maladroit comme c’est pas possible.

Et puis, au milieu du film, tout dérape, invraisemblances et clichés s’accumulent à vitesse grand V. L’éducatrice qui tient le rôle principale, à l’instar de la jeune fille qui vient de débarquer, a été violée par son père, elle s’est retrouvée enceinte et a avorté, du moins l’apprend-on petit à petit. Elle-même, enceinte de son éducateur chéri, refuse de lui parler du passé qui la tourmente. Ils se fâchent, elle va à son tour avorter, mais, pas d’inquiétude, tout se terminera bien… Se retrouvant face la jeune fille, qui vit la même horreur qu’elle-même a vécu, elle ne trouvera pas d’autre solution que d’aller tuer le père de la jeune ado à coups de batte de base-ball, avant de se raviser, retenue par la jeune fille, qui devient quasiment sa propre thérapeute. On frôle quand même là le délire scénaristique!

Pour le reste, on arrive vite dans le mélo sirupeux avec des personnages très chargés: tout le monde est adorable et intelligent, pas une erreur pédagogique, les relations entre éducateurs sont merveilleuses d’intelligence et de compassion, pas ou peu de situations conflictuelles. Le seul conflit entre deux gamins nous fait imaginer le pire, mais au lieu du meurtre attendu, c’est d’une tentative de suicide, qui finalement se terminera bien, qu’il s’agit. Et les clichés s’accumulent les uns après les autres…

Quel dommage de massacrer un film si bien commencé, surtout sur un sujet qui aurait pu et dû être très fort!

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Night moves

par Henri Orhan, le 28 avril 2014 ( http://regardscritiques.blogs.letelegramme.com/ )

Film étonnant, déroutant et qui laisse un peu perplexe, je veux parler de « Night moves » de Kelly Reichardt.

Tout l’intérêt, tout l’enjeu du film se joue sur l’atmosphère, l’ambiance et, de ce point de vue, on n’est pas déçu. Pour ce qui est du scénario, trois activistes écolos veulent faire sauter unbarrage hydro-électrique et l’on suit quasiment en direct leur expédition. Le rythme est très lent, la musique est très stressante et, naturellement, on attend le moment où la machine va s’enrayer. La réalisatrice nous conduit habilement sur différentes pistes, mais l’entreprise finit par réussir sans anicroche. On se rend bien compte que l’intérêt du film n’est pas dans l’action, mais dans l’atmosphère, dans l’analyse psychologique des personnages, en particulier le personnage omniprésent joué par Jesse Eisenberg, déjà vu dans « The Social Network ». On sent bien que le personnage est très inquiétant, à force d’être taciturne: jamais un sourire, des paroles minimalistes, une grande solitude… Le film est intéressant si on ne se trompe pas sur les enjeux et, en ce sens, il est très réussi: l’atmosphère est étouffante, inquiétante, angoissante même, et on est très mal à l’aise, d’autant que le suspense est très progressif. Voilà pour les aspects positifs.

Seulement, à force de ne jouer que sur l’atmosphère et les personnages, Kelly Reichardt en oublie le scénario, très minimaliste (En fait, tout bien considéré, il ne se passe pas grand-chose…). Et, du coup, la frustration du spectateur est constante, d’autant que l’on n’apprend quasiment rien sur les personnages, qui ils sont, d’où ils viennent, etc. Même leurs motivations ne sont pas suffisamment expliquées. Si l’idée est de nous faire comprendre que le terrorisme ou l’activisme peut avoir des conséquences dramatiques et que la fragilité des personnages peut déclencher les pires réactions, le message n’est pas suffisamment explicité et, au bout du compte, on reste sur sa faim, d’autant que la fin, très ouverte, ne résout rien, comme si la réalisatrice avait du mal à terminer.

Impressions au final très mitigées: beaucoup de qualités, mais une grande frustration pour le spectateur.

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The best offer

par Henri Orhan, le 23 avril 2014
( http://regardscritiques.blogs.letelegramme.com/ )

Ouais, bon, ben, me voilà bien embêté: voilà un film dont je ne peux vous parler! Je ne peux même pas vous en donner le moindre détail, la moindre référence (et pourtant!…) sous peine de le déflorer. Bon, peut-être d’autres le feront-ils -et c’est vraiment très dommage!-, mais, si vous m’en croyez, faites comme moi, dites-vous que c’est de Guiseppe Tornatore, dites-vous que vous croyez en avoir entendu du bien, ne lisez surtout rien sur le film (après, si vous voulez…), plongez et laissez-vous aller, vous allez vivre un très bon moment, et même un grand moment de plaisir et de suspense, voilà!

Bon, le film, il s’agit de « The Best Offer » de, effectivement, Giuseppe Tornatore. A priori, comme ça, je ne me souviens que de « Cinema Paradiso », ce qui n’est déjà pas si mal, vous l’avouerez… Rebon, si je ne peux vous parler du film, je peux au moins vous parler du génie du metteur en scène, des acteurs, tous fabuleux, particulièrement Geoffrey Rush, que je crois avoir vu à de multiples reprises, sans pouvoir vous dire dans quel film et sur le visage duquel j’étais bien incapable de mettre un nom! La performance de l’acteur est éblouissante; à lui seul il tient le film, étant présent dans quasiment tous les plans. L’image est somptueuse, l’Italie, Prague, apparemment aussi Vienne, et que dire du ou plutôt des décors? Remarquables… D’ailleurs le film est une véritable performance esthétique, baignant dans les œuvres d’art, ce qui a manifestement impressionné le réalisateur. Quand je vous aurais dit que la musique d’Ennio Morricone colle parfaitement et à la mise en scène et au scénario diabolique, je crois que j’aurais fait le tour de la question…

Bon spectacle!

Vous m’en direz des nouvelles!

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La Cour de Babel

par Henri Orhan, le 21 avril 2014
( http://regardscritiques.blogs.letelegramme.com/ )

Dans la lignée des films « Entre les murs » ou « Nous, Princesses de Clèves », une œuvre magnifique, « La Cour de Babel », de Julie Bertuccelli…

Il s’agit d’un documentaire sur une année scolaire dans un collège de la région parisienne, dans une classe de primo-arrivants, ne connaissant pas le français ou le maîtrisant très mal! Les saisons s’égrènent et on apprend à connaître ces enfants, regroupés dans un niveau quatrième, avec qui l’on va vivre en cours de français, la prof étant très probablement la prof principale de cette classe.

Remarque préliminaire: il est bien difficile de condenser une année scolaire en une heure et demie et, forcément, on n’a que les meilleurs moments. On se doute bien que, pour la prof comme pour le groupe, tout n’a pas été aussi idyllique que dans le film, mais ce qui peut paraître comme un appréciation restrictive ne nuit absolument pas à l’entreprise, d’autant que les élèves, comme la prof, semblent avoir très vite oublié la ou les caméras…

Cela dit, beaucoup d’émotion, beaucoup d’empathie envers ces élèves, qui sont tous très attachants, très émouvants. La caméra sait saisir au plus près des instants fugaces, de bonheur ou de malheur, des expressions naturelles et c’est la grande réussite du film: tout le monde semble avoir joué le jeu en toute honnêteté, la prof, les élèves, les parents, qui interviennent dans les réunions parents-profs, et ce qui caractérise le film, c’est son côté vrai, poignant parfois, son côté réel, ce qui n’est naturellement jamais évident dans ce type de projet. L’image est en outre magnifique et l’on participe, nous spectateurs, à la vie du groupe. Techniquement, c’est une réussite!

Évidemment, ce film est à montrer à tous les élèves, à tous les profs en général, mais aussi à tous les publics, tant le côté aventure humaine est passionnant et tant le regard sur l’immigration est loin des clichés repris à longueur de temps par les Français fiers de leur « beaufitude »…

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Tom à la Ferme

par Henri Orhan, le 21 avril 2014
( http://regardscritiques.blogs.letelegramme.com/ )

Hum, dernier opus de Xavier Dolan, « Tom à la ferme », dont le moins qu’on puisse dire est que j’y allais sur la pointe des pieds, tant « Les Amours imaginaires » et « Laurence anyways » m’avaient gonflé, il n’y a pas d’autre mot! Pourtant j’avais beaucoup apprécié « J’ai tué ma mère »… Bon, de toute manière, on va voir ce qu’on va voir…

Eh bien, divine surprise, le Xavier s’attaque au thriller avec énormément de talent et de virtuosité et le résultat est excellent! Bon, on savait le jeune homme pétri de talent, c’était flagrant dans ses films précédents, mais, là, son style s’est épuré, il s’est débarrassé de toutes les scories, de toutes les minauderies snobinardes qui encombraient ses œuvres. Cette fois, pas de fioritures, pas d’effets précieux aux limites du ridicule, on est réellement dans le thriller et dans le grand et beau thriller.

En effet, on est dans une ambiance glauque, à la limite parfois de l’épouvante, et on est très mal à l’aise par moments, craignant presque à chaque fois la séquence suivante: on ne peut s’empêcher de se dire que tout cela va très mal finir… Au titre des références, me semble- t-il, « Psychose », « Délivrance », « Winter’s Bone », « Le Silence des agneaux » et pourquoi pas « Nebraska », l’humour et la dérision en moins. Vous voyez donc dans quel type de film on est… Une fois de plus, le fin fond du monde rural nord-américain, ici le Canada, aux alentours de Montréal, mais les personnages sont tout aussi gratinés que dans les films cités précédemment. Le beau jeune homme (Xavier Dolan himself, que je n’ai reconnu que grâce au générique, c’est dire combien l’histoire m’a happé!) vient assister aux obsèques de son ami et il rencontre la mère et le grand frère, dont les rapports sont pour le moins ambiguës. Il va rester dans la ferme et… à vous de découvrir la suite…

Naturellement, comme d’habitude, c’est remarquablement filmé et rien ne vient distraire le cinéaste. Le montage, les cadrages, tout vient servir le propos; même la musique, parfois trop explicite, vient inquiéter et souligner l’angoisse du spectateur. Le propos est rigoureux, le jeu des acteurs également. Quant aux thèmes, ce sont ceux qui caractérisent l’univers de Xavier Dolan: l’homosexualité et tous ses questionnements, les rapports sado-masochistes et, d’une manière plus générale, le côté sombre des rapports humains. Ce qui fait tout l’intérêt du film, ce sont les analyses psychologiques, le pourquoi du comment des relations entre les différents personnages. Un film dur, éprouvant, un thriller haletant et, il faut l’avouer, une belle réussite!

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Nebraska

par Henri Orhan, le 14 avril 2014
( http://regardscritiques.blogs.letelegramme.com/ )

C’est un hasard, mais les derniers films vus m’ont fait retrouver les magnificences un peu oubliées du noir et blanc: « Ida », « La Baie des anges » et, justement, « Nebraska », dont j’ignorais qu’il fût en noir et blanc. La couleur, c’est pas mal non plus, mais, là, force est de constater que, parfois, le noir et blanc est irremplaçable. Dans « Nebraska », l’image est vraiment d’une beauté à couper le souffle.

Pour le reste, autant le dire tout de suite, « Nebraska » est un petit bijou et, après coup, je suis bien content de ne pas l’avoir manqué. Je ne vais rien révéler de sensationnel en disant que le point de départ de l’intrigue est une bien belle idée: un vieillard, un peu alzheimerien, un peu -beaucoup!- picolo porté sur la bouteille, est persuadé d’avoir gagné un million de dollars à une arnaque comme on en reçoit tous les jours dans nos boîtes aux lettres. C’est une idée fixe et rien n’y fera: ses fils, sa femme, chacun a beau s’acharner à lui démontrer qu’il n’a rien gagné du tout, il veut aller chercher son prix à Lincoln… Un de ses deux fils va finir par accepter de l’accompagner…

Naturellement l’intrigue n’est qu’un prétexte pour un road-movie étonnant, qui va permettre au fils de découvrir son père et son passé. Tout fonctionne entre humour et émotion, et, pour fonctionner, cela fonctionne: on est happé par cette histoire tendre et violente à la fois. C’est peu de dire que les anti-héros auront changé à la fin de l’histoire!

 Mais l’autre intérêt du film, c’est le tableau d’une Amérique qui fait froid dans le dos! Quand on pense aux USA, on pense New-York, la Californie, Obama, le rock’n’roll, etc., etc. … On oublie que l’Amérique profonde, c’est aussi ce qu’on nous montre dans le film, un peu à la manière de « Délivrance » ou de « Winter’s Bone »: la bêtise humaine, la méchanceté, la veulerie, l’obésité, le désoeuvrement, les villes, décors de westerns modernes que la crise a vidés de ses habitants, les motels qui font immanquablement référence à « Psychose ». La plupart des habitants rencontrés sont débiles, tarés, vieux, taiseux, d’une bêtise à toute épreuve et, quand ils sont jeunes, c’est pire encore! On a l’impression de traverser une contrée infernale! Quand on pense que ce sont ces mentalités-là qui sont en train de façonner le monde à leur image, il y a de quoi désespérer de l’humanité…

Heureusement, dans toute cette « glauquitude », que l’humour et la dérision sont là; sinon, le film serait insupportable! Heureusement que surnagent quelques personnages sympathiques, en particulier le vieillard et ses deux fils, ainsi que son épouse, pas aussi acariâtre qu’on pourrait le penser, et quelques gens bien, que l’on rencontre au détour du chemin…

Il faut ajouter à cela deux choses qui, non seulement valorisent le film, mais encore qui appartiennent à son atmosphère: la bande-son, qu’on a envie d’aller acheter en sortant de la salle, et une interprétation hors pair d’acteurs que je connaissais pas, mais qui, dans ce registre-là, sont éblouissants, magistraux.

Bref, du grand cinéma, auquel on a envie de se laisser aller …

fevrier proverbe

Le Loup de Wall Street

par Henri Orhan, le 18 février 2014
( http://regardscritiques.blogs.letelegramme.com/ )

Sorti le 25 décembre 2013, « Le Loup de Wall Street » restait désespérément bloqué au multiplex local en version française, of course! J’ai bien fait de résister, d’attendre, sans aucune certitude de réussite… Eh bien, voilà, le film arrive miraculeusement au ciné « Art et Essai » en Version Originale Sous-Titrée, pour se faire presser -ou pressurer- une dernière semaine avant de disparaître des écrans.

Alors, au lieu de radoter et de ronchonner, et le film?

Ben, il aurait été dommage de le rater!

D’abord, comme toujours chez Scorsese, Leonardo DiCaprio est absolument fabuleux, montrant, dans une performance étonnante, toute l’étendue de son talent! Comme il est entouré d’une pléiade d’acteurs qui lui servent de faire-valoir, le résultat est franchement impressionnant!

Ensuite, cette fois -j’allais dire une fois de plus-, Martin Scorsese s’attaque à la mafia, pas la mafia classique, mais celle en col blanc, les courtiers en bourse. Le fond du propos est expliqué par le policier qui traque DiCaprio. Il lui explique qu’il met en taule des escrocs de la Bourse, qui sont « des fils de », escrocs, donc, de père en fils, tandis que DiCaprio, lui, s’est fait tout seul, self-made man de l’escroquerie, et , dans l’esprit de Scorsese, ce n’est pas innocent. On assiste donc à un démontage en règle de l’économie mondiale, aux mains des banquiers et des financiers. Là où les traders normaux affirment travailler pour le bonheur de l’humanité, les courtiers qu’on nous montre ici fonctionnent dans le cynisme le plus total, sans prendre la précaution de déguiser leurs pratiques sous on ne sait quelle philanthropie! La satire en même temps que les explications de Scorsese concernant ce monde-là -en fait, c’est bien du nôtre qu’il s’agit!- est éblouissante de clarté.

Bon, on peut trouver que le film est un peu long et se perd parfois dans l’aventure individuelle du héros -peut-être moins intéressante- surtout à partir du moment où on assiste à la dégringolade attendue, mais, évidemment, l’ensemble tient parfaitement la route, tant Scorsese est capable d’utiliser les énormes moyens mis à sa disposition. Certes, on peut rester plus dubitatif quant aux scènes de blockbuster qui n’apportent pas forcément grand-chose à l’intrigue, mais peut-être Scorsese les a-t-il jugées nécessaires pour toucher un plus vaste public, ce que tendrait à démontrer la distribution du film? Après tout, pourquoi pas?

Il n’en reste pas moins que le film, s’il n’est pas parmi les meilleurs du cinéaste, reste un monument aux qualités indéniables.

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Dallas Buyers Club

par Henri Orhan, le 6 février 2014
( http://regardscritiques.blogs.letelegramme.com/ )

Voilà un acteur atypique: Matthew McConaughey. Je l’ai découvert dans « La Défense Lincoln », puis, après avoir eu du mal à le reconnaître, dans « Mud- sur les rives du Mississipi ». On le retrouve, de plus en plus éblouissant dans « Dallas Buyers Club ». Si j’ai bien compris, avant , il n’avait tourné quasiment que des navets. Eh bien, depuis trois films, voilà un acteur qui mène une carrière littéralement éblouissante, et dans des rôles aux antipodes les uns des autres. Dans « Dallas Buyers Club » il fait encore très fort et tient littéralement le film sur ses épaules, qu’il a manifestement de plus en plus larges! Il est l’un des intérêts du film. Amaigri jusqu’à en être presque méconnaissable, il réussit une extraordinaire performance d’acteur, dans le rôle d’un macho, qui attrape le Sida, qui refuse d’abord d’y croire, à qui on ne donne que trente jours à vivre et qui va devenir un militant engagé dans la lutte contre le fléau. Ce qui est éblouissant dans la performance, c’est sa façon bien à lui de montrer l’évolution du personnage. On suit évidemment avec empathie son combat contre les médecins et les laboratoires pharmaceutiques.

Deuxième intérêt du film -vous l’avez compris-, c’est qu’il s’agit d’un cinéma que seuls les Américains savent faire: un cinéma engagé, politique au sens large du terme et finalement très démonstratif, très didactique, dans la lignée d »Erin Brokovich », par exemple. Alors, oui, c’est du cinéma extrêmement efficace, qui ne nous laisse pas le temps de nous retourner et qui emporte tout sur son passage, du cinéma très professionnel, très rythmé. On est accroché dès le début et on suit le personnage dans son combat jusqu’à la fin. C’est parfaitement réalisé, parfaitement monté, bref, encore une fois, très efficace! Le biopic -puisqu’il s’agit d’une histoire vraie- ne s’intéresse, en fait, qu’au combat du personnage et, évidemment, l’identification au héros est parfaitement naturelle…

Troisième point -et petit bémol-, il s’agit d’un film très didactique et c’est un peu la loi -et la limite!- du genre, très manichéen, où les bons sont vraiment bons, les méchants vraiment méchants, mais bon, la démonstration ne nuit pas au plaisir que l’on a et on passe réellement un très bon moment!

 

 

janvier proverbe



Lulu femme nue

par Henri Orhan, le 30 janvier 2014 (http://regardscritiques.blogs.letelegramme.com/)

Difficile d’adapter au cinéma une bande dessinée. Cela se vérifie encore une fois avec le film de Sólveig Anspach, « Lulu femme nue », libre adaptation de la BD d’Etienne Davodeau.

Certes la BD est plus ou moins respectée et, de toute façon, la cinéaste a tout à fait le droit d’adapter à sa manière; certes les acteurs sont excellents, tous, avec mention spéciale, une fois de plus, à Karin Viard, et à Claude Gensac, étonnante et qu’on n’avait pas vue depuis longtemps; certes les images de Saint-Gilles-Croix-de-vie sont magnifiques, lorsque les touristes ont déserté la station; certes on ne s’ennuie pas et l’on suit avec plaisir l’escapade de Lulu.

Mais… Mais… Il ne faut pas lire la BD avant. Sinon on trouve que l’imaginaire poétique a disparu, de même que l’atmosphère si particulière, que les personnages de chair et d’os nous déçoivent ou plutôt ne correspondent pas à l’idée qu’on s’en faisait. Dans la BD, tout était suggéré,tout était en allusions, ce qui faisait le charme et la poésie de cette jolie aventure… D’ailleurs la structure du récit était tout à fait différente. Mais, bon, inutile autant que vain et futile de poursuivre un débat déjà souvent ressassé…

Reste que le film est honorable et que l’entreprise n’est pas méprisable, compte tenu des éléments expliqués plus haut. Si, par chance, vous n’avez pas lu la BD, allez voir le film, lisez la BD ensuite, si vous le souhaitez, et cela devrait bien se passer: la soirée au cinéma devrait vous divertir et le moral, en sortant de la salle, sera bon…

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L’Amour est un crime parfait

par Henri Orhan, le 23 janvier 2014 (http://regardscritiques.blogs.letelegramme.com/)

Pas facile d’être à la fois un Dom Juan, un prof de fac et un psychopathe! C’est pourtant la situation dans laquelle se trouve le personnage de Mathieu Amalric dans « L’Amour est un crime parfait » des frères Larrieu.

Autant le dire tout de suite le film est intéressant et jouissif, indépendamment du scénario, particulièrement tarabiscoté et peu crédible. Mais ajoutons aussitôt que les deux frères se moquent du scénario comme de l’an quarante! Ils s’intéressent tout à fait à autre chose…

Le film est jouissif, parce qu’il est drôle, plein d’humour et, en même temps, de choses très sérieuses. Le propos des frères Larrieu, ce sont les personnalités des cinq personnages principaux, tous accrocs au sexe sous des formes très différentes: les femmes sont nymphomanes, les hommes  psychopathes ou coincés du cul, ou les deux à la fois. Bref, tous ne pensent qu’à cela, ou du moins se positionnent par rapport à cela. Le film est une belle réussite, parce qu’il y a un réel questionnement sur le travail des acteurs. Mathieu Amalric est éblouissant et montre toute l’étendue de son jeu, Podalydès est tout aussi réjouissant dans un autre registre. Quant aux femmes, elles sont superbes: Karin Viard, Maïwenn, Sara Forestier, on deviendrait facilement psychopathe pour beaucoup moins que cela. Les acteurs ont tous un charme fou, dans la mesure où ils sont mis en valeur par une caméra qui les suit, les entoure avec un amour cinéphilique incroyable. Dans un des premiers plans du film, un gros plan effrayant sur le regard halluciné de Mathieu Amalric le désigne pour le moins comme quelqu’un de pas vraiment net, net… Certains plans sur Karin Viard, sur Maïwenn, sur Sara Foersetier sont d’une beauté éblouissante, à l’instar de tous les paysages -la haute montagne sauvage en plein hiver- qui rythment le film…

Mais ce qui fait que le film est tout à fait intéressant, c’est le mélange de bouffonnerie borderline et de tragique. Les thèmes abordés sont complexes et frôlent la psychiatrie psychanalytique: l’inceste, l’amour physique, l’amour tout court, l’ambiguïté ou l’ambivalence des personnages.   Mais, naturellement, quand on regarde le film, on est loin de tout cela, on se laisse aller et manipuler par ce thriller psychologique un peu inclassable et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on passe un excellent moment, on déguste, on prend un plaisir fou, un peu intellectuel, à suivre cette histoire improbable, la complexité ne se révélant qu’après le plaisir de la dégustation.

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A Touch of Sin

 par Henri Orhan, le 20 janvier 2014 (http://regardscritiques.blogs.letelegramme.com/)

Fin du festival « Télérama » avec « A Touch of Sin » du cinéaste chinois Jia Zhang Ke.  J’avais envie de traduire par « une touche de Chine », « un portrait de chine ». Heureusement que j’ai vérifié pour qu’on évite de se gausser. De toute façon, mon correcteur anglophone habituel m’aurait corrigé cette énormité! Ca me plaisait bien, car c’est bien d’un portrait de la Chine contemporaine dont il s’agit. Mais la traduction signifie en fait « un zeste de péché », beaucoup plus adéquate, et qui rend mieux compte du sens du film, ce dernier se terminant par une réplique de l’Opéra de Pékin, où le prince dit à l’héroïne: « Avoue ta faute! ».

Le film est difficile, étonnant, mais particulièrement intéressant. Il offre une vision de la Chine en mal de repères, entre maoïsme et nostalgie de la « Révolution culturelle », entre campagne et grands ensembles qui poussent à grande vitesse, entre tradition et modernisme. On a l’impression que la Chine a hérité brutalement de tous les maux de l’Occident: portables, urbanisme galopant, pollution, corruption, etc., etc. et que tout cela a été plaqué brutalement sur la Chine traditionnelle.

Du coup, le film est d’une grande noirceur, d’un grand pessimisme, même si les images sont en couleurs et d’une très grande beauté. La violence, même si elle est parfois théâtralisée, est  rude et envahit le film, entre meurtres, suicides, passages à tabac. En ce sens l’esthétique n’est pas sans rappeler Takeshi Kitano, même si naturellement les problématiques ne sont pas les mêmes.

Je parlais d’un film étonnant. En effet, on a, comme souvent, plusieurs histoires et, évidemment, on s’attend qu’à un moment ou à un autre elles se croisent. Mais il n’en est rien! On assiste à différentes narrations, dont le point commun est la violence et, en même temps, la réflexion sur le pays. D’abord un citoyen conteste la corruption des élites. N’aboutissant à rien, il nettoie la ville, en justicier solitaire, comme dans les films américains. Tel autre est un gangster qui ne trouve la sérénité que lorsqu’il tire et tue sans état d’âme. Peut-être l’amour serait-il la solution, mais l’héroïne, s’adonnant à la prostitution, dit à son amoureux que, dans son métier, il n’y a pas de place pour l’amour. La maîtresse d’un homme se fait sauvagement tabassée par l’épouse trompée et ses sbires, etc., etc.

Au total, un portrait de la Chine au vitriol, punie d’être coupable d’avoir perdu ses valeurs, c’est du moins comme cela que l’on peut interpréter ce film esthétique et violent.

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Prisoners

par Henri Orhan, le 20 janvier 2014
(http://regardscritiques.blogs.letelegramme.com/)

« Prisoners« ! C’est la première fois, me semble-t-il, depuis « Le Silence des Agneaux« , que j’éprouve ce type de choc, vous savez quand vous vous décomposez progressivement dans votre fauteuil, que le malaise et l’angoisse vous envahissent, quand vous êtes persuadé que le pire est à venir et que, naturellement, le pire arrive et que, pourtant, vous êtes passionné par l’intrigue et que vous tenez absolument à voir la suite!

« Prisoners » est un magnifique thriller, avec un scénario d’enfer qu’une fois de plus je n’avais pas anticipé. L’intrigue est tarabiscotée et pourtant fonctionne parfaitement quand vous en connaissez l’issue. Le suspense monte crescendo, le rythme s’accélère et l’on est forcément éprouvé. La musique, excellente, souligne l’action et, parfois, l’anticipe. Nous sommes ici à la limite du film d’épouvante et bien des âmes sensibles ont dû se cacher les yeux à plusieurs reprises.

Mais « Prisoners » n’est pas que cela, ce n’est pas seulement un film diabolique, c’est aussi une peinture de l’Amérique actuelle, de l’Amérique profonde, avec ses armes à feu, ses justiciers, cette violence totalement assumée. Déjà la première scène du fil nous fait subodorer qu’on n’en a pas finit, loin de là, avec la violence. Le discours du père annonce déjà toute la suite: il explique à son fils qu’il ne faut compter sur personne, sinon sur soi-même, pour se défendre, qu’il faut toujours être prêt à résister, quel que soit le fléau et, derrière ce mot de fléau, on entend aussi bien une invasion communiste qu’un ouragan. Cette première séquence est tout à fait prémonitoire, mais on ne le saura qu’à la toute fin du film.

Ajoutons qu’à côté de ces thèmes de l’autodéfense, de la violence récurrente, se dessinent bien d’autres considérations, d’autres scories de cette société américaine, où le bon Dieu, une fois de plus, n’a pas le beau rôle, responsables de la multiplication de ces fêlés intégristes à l’origine des pires horreurs et, dans ce film, ce ne sont pas les tarés qui manquent. Heureusement qu’il y a le flic taciturne et quel flic! Il n’a jamais échoué dans la résolution d’une intrigue et, cette fois encore il n’échouera pas, quoique… la fin soit suffisamment ouverte pour qu’on se pose un certain nombre de questions. Peut-être, finalement, est-ce la main de Dieu qui frappe les méchants? L’acteur qui joue le rôle du flic fait une composition époustouflante, tant dans l’attitude que dans la réflexion.

Je préfère en rester là quant à l’intrigue, tant l’intérêt du film repose là-dessus. Je parlais tout à l’heure du « Silence des Agneaux« , mais je pense également à « Seven« , cela vous donne une petite idée de la qualité de « Prisoners« !

Merci « Télérama », sans qui je n’aurais pas eu la chance de voir ce chef-d’œuvre sur grand écran!

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Viva la liberta

par Henri Orhan, le 14 janvier 2014 (http://regardscritiques.blogs.letelegramme.com/)

Sentieritalia fait son cinéma :

La 3ème édition de la semaine du cinéma italien au Club 6 à St Brieuc, ce sera  du 8 au 14 janvier 2014

5ème et dernier film du festival, festival qui se termine en apothéose avec « Viva la liberta« .

Bien sûr, vous n’avez pas vu le film, puisqu’il sort en avant-première. Alors un bon conseil: précipitez-vous, lorsqu’il sortira dans votre cinéma préféré.

Vraiment, là encore, un grand film, et d’abord un très grand acteur, Toni Servilio, déjà vu dans le remarquable « La grande bellezza » de Paolo Sorrentino. Dans le film de Roberto Andò, il joue un double rôle!

Je m’explique: il est le Président du grand parti d’opposition italien. Homme politique classique, austère, à l’habituelle langue de bois, il est victime d’un syndrome dépressif et s’enfuit  sans prévenir personne. On pense à « Habemus Papam! » de Nanni  Moretti. Son secrétaire, pour sauver ce qui peut l’être, découvre qu’il a un frère jumeau, mais l’hurluberlu sort d’un hôpital psychiatrique, sauf qu’il n’est pas plus fou que vous et moi. Il va donc, au pied levé, remplacer son frère. Naturellement, vous avez déjà une petite idée de la suite… Il n’empêche, courez vite voir ce film!

Tout y est: la vie politique, le cinéma, le thème du double, l’émotion, le rire, et, au bout du compte, une réflexion subtile sur fiction et réalité. C’est extraordinairement bien construit, bien filmé, d’une richesse étonnante et soutenu par d’excellents acteurs. Hormis Toni Servilio, dont, nous l’avons déjà dit, la performance est époustouflante (On ne l’a jamais vu aussi séduisant; d’ailleurs toutes les femmes lui tombent dans les bras!), Valeria Bruni-Tedeschi est excellente, toute en retenue et en émotion, et on l’a rarement vue à ce niveau. Quant aux autres, ils sont tout simplement remarquables.

On ne peut aller plus loin sous peine de déflorer le film, restons-en donc là.

Pour conclure sur le festival, c’est le film « L’Eté où j’ai grandi » qui, à juste titre, a remporté le Prix du public briochin et « La Grande Bouffe« a fini bon dernier. Pourtant, à mon humble avis, dans 40 ans, on repassera encore « La Grande Bouffe« , ce qui n’est pas du tout sûr pour les 4 autres films.

En tout cas, un grand merci à l’association « Sentieritalia » pour ce 3ème festival et bonne continuation pour l’an prochain!

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Philomena

 

par Henri Orhan, le 12 janvier 2014
(http://regardscritiques.blogs.letelegramme.com/)

Bon, là, Stephen Frears n’avait aucune chance de se planter avec « Philomena« . Bon, je plaisante, mais ce film est un grand film pour, au moins, trois bonnes raisons: le point de vue esthétique, le scénario et les acteurs.

Pour ce qui est de l’esthétique, comme toujours chez Stephen Frears, les images sont magnifiques: j’ignore qui est son chef-opérateur, mais la campagne irlandaise comme la ville de Washington sont magnifiquement filmées, les éclairages sont somptueux et l’on peut dire que le film est superbe à regarder!

Pour ce qui est du scénario, là aussi Stephen Frears est servi sur un plateau: une histoire vraie, un mélo émouvant, pour ne pas dire bouleversant, et qui, cerise sur le gâteau, n’exclut pas l’humour. Le film est en ce sens très british! Un homme, conseiller politique intelligent, qui s’est fait virer apparemment pour absence de langue de bois et qui retrouve son premier boulot, le journalisme, confronté à un vieille dame, d’un esprit plus simple, à qui les bonnes sœurs ont arraché le bébé, sous prétexte qu’elle avait fauté. Le duo que forment ces deux personnages rejoint les grands duos de l’histoire du cinéma. En plus, il y a une enquête policière comme on les aime, puisqu’ils vont partir tous les deux à la recherche de cet enfant disparu. Vous avouerez que tous les ingrédients d’une grande réussite sont là! Les deux personnages vont évoluer l’un au contact de l’autre: le journaliste d’investigation, cynique dans sa recherche de la vérité, deviendra plus humain, plus empathique, sans renier ses convictions. Quant à la vieille dame, sa foi ne semble jamais ébranlée, jusqu’au moment où elle finira par accepter que son histoire soit publiée. La confrontation des deux personnages -personnages en or pour des acteurs!- est passionnante. Quant au discours lui-même, il y a une implacable critique de la religion catholique au travers des bonnes sœurs censées être charitables et qui ne sont que dans la vengeance, dans la mesure où elles n’ont pas goûté aux plaisirs de la chair et qu’elles s’aperçoivent que leurs corps n’ont jamais servi. A ce sujet une des dernières scènes du film est terrible, je ne vous en dirai pas plus. On pense évidemment aux « Magdalene Sisters » de Peter Mullan, dans le même registre.

Pour ce qui est des acteurs, là aussi Stephen Frears est servi! Judi Dench fait une composition extraordinaire dans l’émotion comme dans le registre comique, mais cela, on le savait déjà, c’est une des très grande actrice du cinéma anglo-saxon! Que dire alors de Steeve Cogan, qui nous est familier sans qu’on puisse citer les films dans lesquels on l’a vu? Sa performance est éblouissante à l’égal de sa partenaire.

Au final, donc un très grand film! Bon, je suppose que des cohortes de cathos intégristes vont demander à Manuel Valls l’interdiction du film, vu la férocité de la critique du catholicisme. Pour ma part, je jubile quand on tape sur les bonnes sœurs, parce que, comme on dit chez Loréal, elles le valent bien. Mais, comme disent les Inconnus, cela ne vous regarde pas!

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Top 10 2013

par Henri Orhan, le 03 janvier 2014 (http://regardscritiques.blogs.letelegramme.com/)

 Y a pas de raison! Beaucoup le font! Naturellement, ça reste très subjectif! Au moins, ça vous donnera une petite idée, si vous n’avez pas vu tous ces films. Mieux vaudrait naturellement les voir sur grand écran et en VO, à la télé, ça perd forcément.

Allez, vous en faites ce que vous voulez! Ca vaut ce que ça vaut!!!

  1. La Vénus à la fourrure
  2. La Vie d’Adèle
  3. Mon âme par toi guérie
  4. L’inconnu du lac
  5. Suzanne
  6. No
  7. Oh Boy
  8. Django unchaîned
  9. Frances Ha
  10. Hanna Arendt

Oh, et puis, zut, en voilà quelques autres en vrac, c’est trop dommage de les laisser de côté:   

  • Jimmy P., Psychotérapie d’un Indien des Plaines
  • La Grande Bellezza
  • Le Passé
  • Singué Sabour 
  • Mud-sur les rives du Mississipi
  • InsideLlewyn Davis 
  • Alabama Monroe
  • Michaël Kohlhaas
  • Le Premier Homme
  • Alceste à bicyclette

et tant d’autres…

Belle année, s’il en fut…

Dernière remarque: je balance toutes ces critiques sur « Télérama« , sous le pseudo: » haep ». C’est assez rigolo, car les internautes donnent leur avis sur votre critique. Si, pour ma part, je m’interdis de voter sur quelque critique que ce soit, surtout sur les miennes, et si je ne réponds jamais aux éreintages ou aux compliments des uns et des autres -après tout, c’est la règle du jeu!-, il faut avouer que mon ego s’intéresse aux scores (Vieille nostalgie sans doute des classements à l’école primaire ou au lycée!).

Un dernier conseil: « Ne lisez jamais les critiques avant d’aller au cinéma, faites-vous votre opinion vous-mêmes et allez lire ensuite « Positif » ou « Les Cahiers du cinéma » ou autre chose, cela dépend de votre religion! Vous verrez, la confrontation est souvent intéressante… »

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Nymphomaniac

par Henri Orhan, le 12 janvier 2014 (http://regardscritiques.blogs.letelegramme.com/)

Saint-Brieuc, morne plaine…

1er janvier, « Club 6 », 17H 45, le dernier Lars von Trier, nous étions un dans la salle…

Vous me direz, faut être accroc à Lars von Trier pour se précipiter à la première projection de « Nymphomaniac« . Pas forcément… J’avais apprécié EuropaBreaking the Waves, beaucoup, Les Idiots (Idioterne), Dancer in the DarkAntichrist, beaucoup moins, et Melancholia, énormément.

Deux principes pour Lars von Trier:

  1.  Il faut se précipiter pour chaque nouvel opus.
  2.  On n’est jamais sûr du résultat.

Cette fois, pas de problème, il s’agit d’un grand film, qui situe incontestablement Lars von Trier parmi les très grands cinéastes contemporains. Il s’agit probablement d’une de ses meilleures œuvres!

Problème: un carton stipule au départ que le film a été censuré, mais que Lars von Trier a tout de même validé l’exploitation commerciale en plusieurs époques. Quelle bizarrerie, même si l’on sait l’importance des producteurs et des distributeurs pour un art qui est aussi un commerce! Disons-le tout de suite, j’aurais préféré avoir dès le départ la version complète telle que conçue par le cinéaste. Il va falloir prendre son mal en patience, au risque d’oublier un tant soit peu la première partie!

Ce qui frappe d’abord, c’est la grande beauté des images, le montage subtil, qui n’est pas exempt de certains dérapages, courants chez l’auteur, en particulier des incrustes pas franchement indispensables, sur des chiffres, plus ou moins cabalistiques ou ésotériques. Pour le reste, l’esthétique est complètement maîtrisée et il n’y a pas que la nature qui soit belle, les personnages le sont également, particulièrement la superbe actrice qui joue le personnage de Charlotte Gainsbourg jeune.

Que raconte le film? Sachez seulement qu’un vieux monsieur va ramasser une jeune femme sérieusement cabossée, qui va lui raconter sa vie de nymphomane. En ce sens le titre est explicite et ne trompe pas sur la marchandise. Lars von Trier appelle un chat un chat, ou plutôt, si j’ose dire, une chatte, une chatte, mais il n’y a dans son cinéma aucune complaisance, rien qui puisse faire penser à quoi que ce soit de pornographique, il ne fait que montrer naturellement les choses. Les thèmes abordés sont récurrents dans son œuvre: le sexe, la mort, la culpabilité. « Nymphomaniac » est une œuvre philosophique, qui traite des grands problèmes humains. Cette première partie se présente comme une longue psychanalyse, puisqu’il y a un personnage alité, dans un triste état physique, et qui se raconte, et un autre personnage, qui écoute cette espèce de confession.

Evidemment, difficile de juger, dans la mesure où il nous manque énormément d’éléments d’information, c’est pourquoi on attendra la suite avec une certaine impatience.

Soit, on peut considérer qu’il s’agit d’un cinéma difficile. Pourtant le film est passionnant à suivre, d’autant que l’humour n’est pas absent de la narration et qu’il y a une bande-son éblouissante.

Bref, il s’agit d’un grand film, complexe, exubérant, d’une très grande richesse, et d’un grand cinéaste, qui a, manifestement, des choses importantes à dire.

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